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L’infini miracle – Jean Aicard

L’infini miracle – Jean Aicard

Ses sœurs le cherchaient, et Marie,
Toujours craintive d’un danger,
Toujours prête à la gronderie,
Disait: «A-t-il de quoi manger?»

Le peuple autour de lui fourmille,
Implorant les mots guérisseurs.
On lui dit: «Voici ta famille:
Ta mère approche avec tes sœurs.»

–«Mes frères, mes sœurs et ma mère,
Dit-il au peuple, c’est vous tous;
La vie est une plante amère,
Mais le miel de ma ruche est doux.

«Je suis la tendresse promise;
Sur vos maux je viens me pencher;
Et je suis plus grand que Moïse
Qui fit jaillir l’eau du rocher:

«C’est la dureté des cœurs même
Que je frappe, et l’amour en sort:
Le ciel est en nous lorsqu’on aime…
L’amour est plus fort que la mort.

«Possédés d’orgueil et de haine,
Je chasse de vous ces démons.
J’apporte la tendresse humaine:
Nous avons Dieu quand nous aimons.

«Buvez à ma source d’eau vive,
Car je sauve celui qui croit.
Votre esprit boite? qu’il me suive:
Il saura marcher vite et droit.

«Votre cœur est sourd? qu’il m’entende
Muet? qu’il parle. Renaissez!
Frappez: ma porte s’ouvre grande.
Reposez sur moi, cœurs lassés

«Levez-vous, ô paralytiques,
Marchez, emportez votre lit!»
Et dans la joie et les cantiques
Le monde infirme tressaillit!

–«Un aveuglement les égare;
Ils t’ont mis sous terre vivant…
Lazare, Lazare, Lazare,
Lève-toi! Marche mieux qu’avant!»

Et l’esprit humain se redresse
Et quitte, plus fort et plus beau,
Au grand appel de la tendresse,
Les bandelettes du tombeau.

O temps d’allégresse première
Où l’aveugle des grands chemins
Se voyait rempli de lumière
Quand Jésus élevait les mains!

XXVII

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