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Les Poupées russes – Cédric Klapisch

Les Poupées russes – Cédric Klapisch
Cinq ans ont passé depuis Barcelone. Xavier a trente ans, il voulait être écrivain et il l’est devenu, à sa manière : il écrit des scénarios de téléfilms qu’il n’aime pas et des biographies de célébrités qu’il n’a pas choisies. Il vit à Paris, change souvent de fiancée, et ne sait toujours pas ce qu’il veut. Un jour, William, le frère de Wendy, lui annonce qu’il va épouser une danseuse russe à Saint-Pétersbourg, et convie au mariage toute l’ancienne colocation. « Les Poupées russes », sorti le 15 juin 2005, est la suite de « L’Auberge espagnole », et le film où la bande découvre qu’elle a vieilli.

La suite d’un film culte

Faire la suite d’un film qui a marqué une génération est un exercice périlleux. Klapisch l’a réussi en changeant de sujet. « L’Auberge espagnole » parlait de la découverte des autres ; « Les Poupées russes » parle de la difficulté de s’engager. Les personnages ne sont plus des étudiants qui ont toute la vie devant eux, mais des trentenaires qui commencent à comprendre qu’il faudra choisir.

Le public a suivi : près de trois millions de spectateurs en France, autant que le premier film, et une place parmi les quinze plus grands succès de l’année 2005.

Xavier, l’homme qui ne choisit pas

Romain Duris retrouve Xavier et en fait un personnage plus sombre, plus ironique aussi. Il enchaîne les femmes comme les poupées russes du titre, en espérant chaque fois trouver dans la suivante celle qui sera la bonne, et en découvrant chaque fois une nouvelle déception. Il y a Martine, son ancienne fiancée, jouée par Audrey Tautou, devenue mère et amie ; Kassia, jouée par Aïssa Maïga, une liaison de passage ; et Célia Shelburn, jouée par Lucy Gordon, un mannequin dont il écrit la biographie et qui le fascine autant qu’elle le vide.

Et il y a Wendy, jouée par Kelly Reilly, avec qui il travaille à Londres sur un scénario, et qu’il ne voit pas alors qu’elle est là depuis le début.

Paris, Londres, Saint-Pétersbourg

Le film voyage. Après l’unité de lieu de l’appartement de Barcelone, il circule entre Paris, où Xavier vit, Londres, où il travaille avec Wendy, et Saint-Pétersbourg, où tout finira. Klapisch filme ces trois villes avec le même goût du mouvement, et offre à la troisième une séquence finale d’une grande beauté, dans les rues impériales, notamment la rue Rossi, sous la lumière blanche du Nord.

Le mariage de William et de Natacha, une ballerine russe, réunit les anciens colocataires de Barcelone, et le film retrouve alors, pour quelques scènes, la joie collective du premier. Mais on sent que quelque chose s’est perdu, et c’est précisément ce que le film raconte.

Cécile de France, encore

Cécile de France retrouve Isabelle, toujours libre, toujours drôle, et devenue la meilleure amie de Xavier, celle à qui il raconte tout. Elle reçoit pour ce rôle le César de la meilleure actrice dans un second rôle, en 2006, après celui du meilleur espoir obtenu pour le premier film.

Kelly Reilly, dont le personnage était secondaire dans « L’Auberge espagnole », devient ici le cœur du film. Sa Wendy, anglaise, pudique, intelligente, qui attend sans le dire que Xavier ouvre les yeux, est l’un des plus beaux personnages féminins de Klapisch.

Les poupées russes

Le titre dit l’idée du film : chaque femme en cache une autre, chaque désir en cache un autre, et Xavier ouvre les poupées l’une après l’autre en espérant trouver la dernière, la plus petite, celle qui ne s’ouvre plus. La métaphore est un peu appuyée, et Xavier la commente lui-même en voix off, mais elle a le mérite de la clarté.

Klapisch en tire une réflexion sur l’illusion amoureuse qui n’est pas si légère qu’elle en a l’air. La séquence avec Célia, où Xavier comprend que la femme dont il rêvait n’existe que dans les magazines, est la plus cruelle du film, et la plus juste.

Conclusion : la dernière poupée

Ce qui a vieilli, c’est une forme plus sage que celle du premier film, moins inventive, et un personnage principal dont l’égoïsme finit par lasser. Le film est plus long, plus bavard, et il n’a pas la fraîcheur de son modèle.

Ce qui n’a pas bougé, c’est la fin à Saint-Pétersbourg, où Xavier, le jour du mariage de William, se réconcilie avec Wendy et accepte enfin de choisir. Klapisch fermera la trilogie huit ans plus tard, à New York, avec « Casse-tête chinois ». Mais c’est ici, entre deux villes et deux âges, que ses personnages ont cessé d’être des étudiants pour devenir des adultes, avec tout ce que cela coûte.

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