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Les baisers de faustine – Joachim Du Bellay

Les baisers de faustine – Joachim Du Bellay

Lorsque vers mes baisers tu tends et plies ton cou de neige, ô Colombe,
avec ces yeux mi-clos qui ont je ne sais quel air noyé de tendresse,
sous le désir mon âme se fond totalement, et, peu à peu, sur ta
poitrine, je perds conscience et je retombe. Mais lorsque nos lèvres,
tantôt jointes et tantôt retirées, font un sentier humide où s’animent à
tour de rôle nos langues, et que, sur ta bouche pâmée, je peux dans mon
bonheur cueillir des fleurs d’armoise, alors, oui! alors il me semble, ô
Jupiter tonnant, que je suis à ta table et, ô nectar sacré, que je te
bois à longs traits en compagnie des dieux.

Ce sont là les joies les plus proches des plus grandes, ô Colombe! Et,
puisque tu les offres avec tant de complaisance à ton bienheureux amant,
pourquoi lui refuser les plus grandes, pauvret, et du même temps faire
un pauvret de lui, et faire un bienheureux? Crains-tu par hasard qu’une
telle jouissance me transforme en dieu? et que je veuille m’en aller
seul pour voir sans toi les champs élysées? Allons, allons! quitte cette
crainte, ô gracieuse, jolie, moitié de ma vie, ô Colombe. Tu le sais:
qu’un endroit charme seulement tes yeux, il devient pour moi le palais
des dieux et les champs du plus grand bonheur.

XXVI

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