
Le vœu accompli – Joachim Du Bellay

C’est fait, ma Colombe m’est rendue. O sombres élégies, adieu donc pour
longtemps! Mais vous, vers tendrelets, venez! Je chante le retour de ma
Colombe,–ah! je l’aimais certes plus que mes yeux,–et ses baisers, ses
soupirs charmants, ses jeux, ses caresses assez hardies, et ses morsures
laissaient, bec palpitant, loin derrière elle, le moineau de Catulle.
Car elle était douce comme miel, gracieuse, jolie, belle, toute
fraîche et mignonne. Non! rien ne pouvait être plus mignon, et rien plus
doux, ou plus gracieux. Malheur à vous, donc, effrontés méchants,
larrons si fourbes et si peu gracieux, puisque vous m’avez si longtemps
privé de ma belle et toute fraîche et mienne Colombe! Mais vous,
hendécasyllabes nombreux, vers tendrelets et pleins de grâce, venez à
moi, je vous en prie; et tous, tant que vous êtes, il vous faut, à
l’admirable Vénus et aux dieux bienveillants, accomplir le vœu que j’ai
fait pour ma Colombe.
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