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Le Péril jeune – Cédric Klapisch

Le Péril jeune – Cédric Klapisch
En 1980, quatre garçons d’une vingtaine d’années se retrouvent dans le couloir d’une maternité. Ils attendent la naissance d’un enfant dont le père ne viendra pas : Tomasi, le cinquième de la bande, est mort d’une overdose. Pour passer le temps, ils se souviennent. « Le Péril jeune » est le récit de ces souvenirs, qui ramènent à l’année de terminale, en 1975 et 1976, dans un lycée parisien. Le titre joue sur le « péril jaune » des vieilles peurs françaises ; le péril, ici, ce sont eux, et c’est surtout à eux-mêmes qu’ils font courir des risques.

Un téléfilm devenu un film de génération

Le film n’était pas destiné au cinéma. Arte avait commandé une série de fictions sur les années de lycée, dans le sillage de « Tous les garçons et les filles de leur âge », et Cédric Klapisch, qui n’avait encore signé qu’un long métrage, « Riens du tout », y avait sa place. Le téléfilm est diffusé le 21 mai 1994. Le succès est tel qu’il sort en salles le 11 janvier 1995, où il attire plus de 645 000 spectateurs, puis devient au fil des rediffusions et des cassettes l’un des films les plus cités d’une génération qui n’avait pas connu les années soixante-dix.

Le scénario, écrit par Klapisch avec Santiago Amigorena, Alexis Galmot et Daniel Thieux, tient de la chronique plus que du récit. Il n’y a pas d’intrigue à proprement parler : des assemblées générales, des cours séchés, des fêtes, des premières fois, et, en filigrane, la dérive d’un garçon que personne ne retient.

La bande

Ils sont cinq. Alain Chabert, joué par Vincent Elbaz, est le militant, celui qui a des slogans pour tout. Maurice, dit Momo, joué par Nicolas Koretzky, est le rêveur. Bruno, joué par Julien Lambroschini, est le sérieux ; Léon, joué par Joachim Lombard, le discret. Et Tomasi, joué par Romain Duris, est celui qui rit le plus fort, qui provoque les professeurs, qui fume ce qu’on lui tend et qui finit par tendre lui-même.

Duris avait dix-neuf ans. Il n’était pas acteur : on l’avait repéré dans la rue, et il n’a pas besoin de jouer l’insolence, il l’a. Sa manière de bouger, de parler vite, de rire en regardant ailleurs, fait de Tomasi un personnage d’une vérité troublante. Le film lance sa carrière et une collaboration qui traversera toute l’œuvre de Klapisch.

Autour des garçons, les filles existent davantage qu’on ne l’attendrait d’un film de bande : Élodie Bouchez, Hélène de Fougerolles, Julie-Anne Roth. Elles regardent les garçons s’agiter avec une lucidité amusée qui dit, mieux que les dialogues, que ceux-ci sont encore des enfants.

Les années soixante-dix vues de 1994

Klapisch est né en 1961. Il avait l’âge de ses personnages en 1976, et le film en garde une précision de souvenir : les pulls, les cheveux, les mobylettes, les tracts ronéotypés, les débats sur la révolution entre deux cours de philosophie. La bande originale, faite de Jimi Hendrix, de Pink Floyd, de Ten Years After, de Janis Joplin et de Steppenwolf, n’est pas un décor sonore mais une partie du récit : ce que ces garçons écoutent, c’est ce qu’ils croient être.

Le tournage s’est fait entièrement à Paris, dans le XVIIIe arrondissement pour le lycée, aux Buttes-Chaumont, place de la République, à l’hôpital Saint-Louis. Il n’y a rien de pittoresque dans cette ville-là. C’est un Paris de trajets, de cafés et de cages d’escalier, celui qu’on connaît quand on a dix-sept ans.

Rire et dériver

La grande réussite du film est de tenir ensemble deux tons que tout oppose. D’un côté, une comédie d’une vitalité constante, pleine de scènes devenues célèbres, de répliques qui circulent encore, de chahuts et de fous rires. De l’autre, une tragédie qui avance sans bruit : la drogue, d’abord un jeu, puis une habitude, puis le seul lien qui reste à Tomasi quand les autres ont passé le bac et commencé à vivre.

Le récit encadré, qui part de la maternité, installe la fin dès le début. On sait que Tomasi est mort ; on le regarde rire en sachant cela. Cette construction donne à chaque scène de comédie un arrière-goût, et à chaque éclat de Duris une tristesse qu’il ne joue jamais. Le film ne fait pas la morale. Il montre une bande qui se défait, comme toutes les bandes, et l’un de ses membres qui n’a pas su se défaire d’elle.

La matrice d’une œuvre

Tout Klapisch est déjà là. La bande d’amis, qui sera celle de « L’Auberge espagnole » et des « Poupées russes ». Paris, qui sera le sujet de « Paris ». Romain Duris, qui sera Xavier. Et cette manière de filmer un groupe en donnant à chacun son moment, de mêler l’intime et le collectif, le rire et le deuil, sans hiérarchie.

Il y a aussi, déjà, la question qui traverse ses films : comment on devient adulte, et ce qu’on perd en chemin. Les quatre garçons de la maternité ont trouvé leur place ; le cinquième ne l’a pas trouvée. Klapisch reviendra sans cesse à ce moment de bascule, à Barcelone, à Saint-Pétersbourg, en Bourgogne, chez des personnages plus âgés, mais jamais avec autant de brutalité.

Conclusion : ceux qui restent

Ce qui a vieilli, c’est une image de téléfilm, un montage parfois décousu, quelques scènes qui s’étirent au-delà de leur drôlerie. « Le Péril jeune » porte la trace de sa commande et de son budget.

Ce qui n’a pas bougé, c’est la dernière image, et la question qu’elle pose. Un enfant naît, fils d’un garçon qui n’est plus là, entouré de quatre copains qui ne savent pas quoi faire de lui. La jeunesse est finie, et le film ne dit pas si c’est une bonne nouvelle. Trente ans plus tard, il reste l’un des rares portraits de lycéens où l’on se reconnaît sans se trouver beau.

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