
Martin Johnson Heade
Un orage sur une baie, des averses d’avril, un lever de soleil au Nicaragua, des prairies : chez Martin Johnson Heade, le vrai sujet d’un tableau est souvent le temps qu’il fait. Ce peintre américain, célèbre pour ses paysages, ses oiseaux tropicaux et ses natures mortes, n’est représenté ici que par le premier de ces trois registres, et c’est une bonne porte d’entrée.
Né en 1819 à Lumberville, en Pennsylvanie, fils d’un magasinier, il apprend son métier auprès d’Edward Hicks et commence, dans les années 1840, par des portraits. Mais le paysage l’appelle très tôt : vers 1837, il parcourt déjà le littoral américain en quête de motifs, puis expose à Philadelphie en 1841 et à New York en 1843. Il se lie avec des peintres de la Hudson River School, Albert Bierstadt, Sanford Robinson Gifford, Frederic Edwin Church, qui partagent son intérêt pour la nature.
L’année 1868 donne à ce mur son centre de gravité. Trois toiles la représentent, et elles en disent toute l’amplitude. Averses d’avril et Orage sur la baie de Narragansett restent en Amérique du Nord et regardent le ciel changer ; Lever de soleil au Nicaragua part vers le sud. À partir des années 1860, Heade se passionne en effet pour l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, où il se rend à de nombreuses reprises pour peindre paysages, oiseaux et fleurs exotiques. Ce sud ne s’efface pas avec les années : Rivière d’Amérique du Sud date de 1891, huit ans après son installation en Floride.
Car en 1883, Heade se marie et déménage en Floride, où il devient plus sédentaire. Deux tableaux de prairies encadrent ces années-là : Prairies de Newburyport (1881) et Prairies (1896). Le sujet est modeste, une étendue d’herbe, et c’est justement ce qui le rend précieux. Ici, Prairies accompagne Le paysage dans le cadre des portières de Verlaine, et la rencontre a du sens : le poète regarde la campagne défiler par la vitre d’un train, le peintre s’arrête pour la regarder longtemps. Prairies de Newburyport, lui, voisine avec Le doux roseau n’avait à porter que sa tête de Francis Jammes, autre éloge des choses simples.
Ce qui manque, ce sont les colibris et les fleurs. Heade a peint des orchidées entourées de colibris brésiliens et, en Floride, surtout des natures mortes, souvent des fleurs posées sur du velours, magnolias et orchidées. On ne les trouvera pas sur ce mur, qui montre l’autre Heade : celui des ciels, des eaux et des herbes, attentif à l’heure et à la saison.


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