
George Inness
D’après le récit de son fils, George Inness est mort en regardant un coucher de soleil, à Bridge of Allan, en Écosse, en août 1894. L’anecdote dit assez bien ce que montre ce mur : un peintre de l’heure, de la lumière qui monte ou qui s’en va, bien plus que du lieu. Toutes les toiles réunies ici datent de ses dernières années, entre 1887 et 1891, celles où son art devient le plus personnel.
Le chemin avait commencé loin de là. Né en 1825 à Newburgh, dans l’État de New York, cinquième de treize enfants, Inness grandit à Newark, dans le New Jersey, et travaille adolescent comme graveur de cartes. Il étudie auprès du paysagiste Régis François Gignoux et se forme au regard des peintres de la Hudson River School. Au début des années 1850, un mécène, Ogden Haggerty, lui ouvre l’Europe : l’Italie, où il vivra longtemps à Rome, et la France, où il découvre les peintres de Barbizon. Il en retient une touche plus libre, une palette sombre, le goût des panoramas brumeux. S’y ajoute une source moins attendue, la théologie d’Emanuel Swedenborg, pour qui chaque chose de la nature correspond à une réalité spirituelle : ses paysages en sont imprégnés.
En 1885, Inness s’installe à Montclair, dans le New Jersey. Dans cette dernière décennie, les formes se simplifient, les contours s’adoucissent, la couleur se sature et la touche devient plus spontanée, parfois violente. C’est cette manière qu’on retrouve ici, celle qui l’associe au tonalisme américain. En 1889, une médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris lui apporte une renommée internationale.
Le mur se lit comme une journée. Lever de soleil (1887) ouvre le matin, et c’est à cette toile que le site a confié Le matin, dès mon œil ouvert de Raoul Ponchon. Tombée de la nuit, de la même année, referme le jour : c’est là que le goût d’Inness pour les formes dissoutes dans la pénombre se voit le mieux, et la toile accompagne La Nuit de Marceline Desbordes-Valmore. Entre les deux, Chênes en automne (1887) donne la saison, et Les Saisons de Théodore de Banville lui répondent.
Les deux toiles de 1891 ramènent à la maison. Floraison printanière, Montclair, New Jersey peint le printemps de la petite ville où il vivait, et Paysage, la même année, ne garde plus même un nom de lieu. Ce qui manque ici, ce sont les grandes vues panoramiques sous les ciels chargés des années 1860 et 1870, et les paysages d’Italie : la salle ne montre que le dernier Inness, ni tout à fait réaliste ni impressionniste, qui cherchait à faire tenir ensemble la terre et ce qui la dépasse.

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Guillain Méjane



















