
La tranchée – Guillaume Apollinaire

Je suis la blanche tranchée au corps creux et blanc
Et j’habite toute la terre dévastée
Viens avec moi jeune dans mon sexe qui est tout mon corps
Viens avec moi pénètre-moi pour que je sois heureux de volupté sanglante
Je guérirai tes peines tes soucis tes désirs ta mélancolie
Avec la chanson fine et nette des balles et l’orchestre d’artillerie
Vois comme je suis blanche plus blanche que les corps les plus blancs
Couche-toi dans mon sein comme sur un ventre bien-aimé
Je veux te donner un amour sans second sans sommeil sans paroles
J’ai tant aimé de jeunes gens
Je les aime comme les aime Morgane
En son castel sans retour
Au haut du mont Gibel
Qui est l’Etna dont s’éloignent vite nos soldats destinés à la Serbie
Je les ai aimés et ils sont morts et je n’aime que les vivants
Allons viens dans mon sexe plus long que le plus long serpent long comme tous les corps des morts nus l’un devant l’autre
Viens écoute les chants métalliques que je chante bouche blanche que je suis
Viens ceux qui m’aiment sont là armés de fusils de crapouillots de bombes de grenades et ils jouent silencieusement























