
La Jument aveugle – Maurice Rollinat

Avec l’oreille et les naseaux
Y voyant presque, à sa manière,
La vieille aveugle poulinière
Paissait l’herbe au long des roseaux.
Elle devait s’inquiéter
Lorsque sa pouliche follette
S’égarait un instant seulette,
Car elle cessait de brouter.
Un hennissement sortait d’elle,
Comme un reproche plein d’émoi,
Semblant crier à l’infidèle :
« Reviens donc vite auprès de moi ! »
Parfois même, en son désir tendre
De la sentir et de l’entendre,
Elle venait, à pas tremblants,
Lui lécher l’épaule et la tête,
Tandis que dans ses gros yeux blancs
Pleurait sa bonne âme de bête !























