
Je te rêve, casquee… – Maurice Magre

Je te rêve, casquée avec des cheveux bleus,
Devant l’adolescent étrange agenouillée
Comme devant un christ fardé, silencieux,
Dont tu baises le corps de ta bouche souillée.
Un reflet de chasuble erre dans les rideaux,
La nappe de l’autel est faite des draps vierges,
Le soir, en clignotant, jaune sur les carreaux,
T’éclaire nue ainsi qu’un invisible cierge…
Les prières, les fleurs, les rites et le soir
Font du tendre boudoir une chapelle infâme.
Il semble qu’un parfum fauve de chair de femme
S’élève quelque part d’un obscur encensoir.
Soudain la main du dieu serre ta nuque frêle,
Il se tord et défaille ainsi que pour mourir.
De l’ombre qui descend les miroirs s’ensorcellent.
La ville chante au loin l’oraison du plaisir.
Puis son visage peint se détend. Il repose.
Son corps mince s’enfonce au milieu des coussins…
Dans tes cheveux, sa main aplatit une rose…
Un hoquet de désir soulève encor tes seins…























