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La fête – Edmond Rostand

La fête – Edmond Rostand

Tiridate, tout bas, demande à Doralise
Que pour son cavalier, ce soir, elle l’élise.
«Jésus-Sire! dit-elle, il faut, cher Imprudent,
Que je ne quitte pas Phylante un seul instant!
Bonsoir. Ne rendons pas la ruse translucide.
Restez bien tout le temps avec Garamantide.»

Comme le ciel est clair quand les arbres sont noirs!

Et les couples s’en vont jusques aux promenoirs
Qui sont les mieux tenus et les plus beaux du monde;
Là, s’élançant chantante et divisée, une onde
Imite en ses façons celle de Tivoli.
L’Occident est rosé. C’est du dernier joli.
Et pour que maintenant ce soit du dernier tendre,
Vingt-quatre violons, tout doux, se font entendre,
Et trois nymphes, qu’on sait des plus grandes maisons,
Apparaissant soudain, dansent sur les gazons,
Dansent, et la nuit tombe, et rend plus incertaine
La blancheur de leur danse autour de la fontaine.

Et pendant que les sons vont diminuendo,
Dans le ciel, au-dessus des blancheurs d’un jet d’eau
Qui commence en crystal et qui finit en plume,
L’étoile du Berger, dont c’est l’Heure, s’allume.

Lorsque la symphonie eut attendri les cœurs,
On gagna doucement la chambre des liqueurs
Pour la collation. La dernière dragée
Fondait encore aux dents qu’une marche enragée
Sonnant aux violons donna le gai signal:
Alors le menuet, la chaconne, le bal!
Les pieds enrubannés ne touchaient plus la terre…
Les couples non dansants gagnaient avec mystère
Le parc. De temps en temps une étoile filait.
On entendait chanter Angélique Paulet.
Des mains ne furent pas, dans l’ombre, refusées…
Et tout à coup l’on fut surpris par des fusées
Qui, montant dans le ciel, descendaient dans le lac.

* * * * *

Il fallut arracher les joueurs au tric-trac,
Les danseurs à l’orchestre et les amants à l’ombre,
Pour partir… On partit.

XV

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