
Jacques d’Adelswärd-Fersen — L’exilé de Capri

1880 — 1923
Ce portrait, je l’ai fait sourire,
Dans un petit cadre en or fin :
Ainsi ton cœur est près du mien,
Tes yeux me regardent écrire.
Et tu ne sauras pas
Baron, héritier d’une fortune sidérurgique, arrière-arrière-neveu du Fersen de Marie-Antoinette : Jacques d’Adelswärd-Fersen avait tout pour n’être qu’un poète mondain de plus. Il l’a été deux ans.
En juillet 1903, il est arrêté. On lui reproche d’avoir organisé chez lui, avenue de Friedland, des tableaux vivants avec de jeunes lycéens. La presse invente les « messes noires », le procès est retentissant, il est condamné et déchu de ses droits civiques. Il a vingt-trois ans.
Capri
Ruiné socialement, il quitte la France et s’installe à Capri, où il fait construire une villa qu’il appelle Villa Lysis, du nom du dialogue de Platon sur l’amitié. Il y vit vingt ans, entre l’opium, les voyages, une revue littéraire qu’il finance, et une réputation qui le suit partout.
Il y meurt en 1923, à quarante-trois ans, d’une dose de cocaïne prise dans une coupe de champagne. On n’a jamais tranché entre l’accident et le reste.
Les poèmes
On ne le lirait plus du tout si Roger Peyrefitte n’avait fait de sa vie un roman, L’Exilé de Capri, en 1959. C’est dommage, car les poèmes existent.
Ils sont de leur temps — symbolistes tardifs, un peu chargés, avec des améthystes et des soirs. Mais il y a chez lui une constante qui finit par émouvoir : l’adresse à quelqu’un qui ne lira pas. « Et tu ne sauras pas » est un titre, et c’est aussi la situation de presque tous ses poèmes.
Cent trente-cinq pièces ici, d’un homme dont on a tellement raconté la vie qu’on a oublié de l’ouvrir.
Choix de textes
- Et tu ne sauras pas — Un portrait dans un cadre, et quelqu’un qui ne lira jamais. Sa situation exacte.
- Par les soirs — L’heure symboliste, tenue avec plus de fermeté qu’on ne l’attend.
- Par l’oubli — Ce qu’il espérait, et qu’il a en partie obtenu.
- Paganisme — La Grèce comme refuge, chez un homme qui avait nommé sa maison d’après Platon.
- Sketch — Un titre en anglais pour une pièce brève. La modernité 1900 dans ce qu’elle a de daté et de charmant.
Pour le lire
Chansons légères (1900) · Notre-Dame des Mers mortes (1902) — les livres d’avant le procès.
Le Baiser de Narcisse (1907) · Ainsi chantait Marsyas (1907) — écrits en exil.
Roger Peyrefitte, L’Exilé de Capri (1959) — le roman qui l’a sauvé de l’oubli, et qui l’y a aussi enfermé.
Guillain Méjane























