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Et tu ne sauras pas – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Et tu ne sauras pas – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Ce portrait, je l’ai fait sourire,
Dans un petit cadre en or fin :
Ainsi ton cœur est près du mien,
Tes yeux me regardent écrire.

Souvent le soir, lorsque je suis
Penché à ma table, un peu triste,
Avec une âme en améthyste,
Je te revois : le ciel a lui.

Souvent aussi ma peine est brève,
Je la berce de ta douceur,
Et ton image, blonde sœur,
M’ensevelit dans de beaux rêves.

Elle prend ma main dans sa main,
Et nous unissons nos délires…
Ce portrait je l’ai fait sourire,
Dans un petit cadre en or fin.
Amour, te souvient-il de ce soir éclatant
Où les lys du jardin s’étoilaient parmi l’ombre ?
Au tennis nous avions fait des parties sans nombre,
Sveltes dans nos costumes blancs.

Le soleil se fanait, la brume était légère,
Nous écoutions en nous murmurer le désir,
Et nos anciens baisers presque en des souvenirs,
Parfumaient mon cœur de prière.

Nous restâmes tous deux pour attendre la nuit,
Avec un vague espoir et des essors timides,
Nos doigts à tous les deux se caressaient languides,
D’une caresse qui s’enfuit.

Lorsqu’au ciel rutilant comme un soir de désastre,
Apparut la douceur du crépuscule d’or,
Soudainement aussi se joignirent nos corps,
Avec, pour seuls témoins, les astres…

Amour, te souvient-il de ce soir étoilé ?
Après t’avoir dit des foules de choses,
Où mon cœur tremblait sous de la rosée,
Permets-moi, chéri, de t’offrir des roses,
Et que ces fleurs vers toi soient déposées.

J’ai couru dans les prés et dans les champs,
Tête nue et rieur parmi les herbes,
Et les lys comme tes yeux clairs en gerbes,
Parfumaient l’air de leur arome blanc,

Les blés ondulaient en leur jaune faille,
Cachaient des coquelicots, des bleuets,
Avec de jolis petits airs coquets,
Des poses de duchesses, à Versailles.

Permets-moi de t’offrir, comme au soleil,
La douceur des lys et des marguerites,
Et que ces fleurs te consolent, petite,
En te donnant goût aux baisers du ciel !

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