Sélectionner une page

Par l’oubli – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Par l’oubli – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Les femmes ont trompé mon amoureuse ardeur,
Près d’elles j’ai trouvé le dédain, la douleur,
Mon rêve s’est brisé à vouloir les atteindre ;
Il ne me reste qu’à les fuir et les craindre,
Ou qu’à tendre mon cœur vers d’autres voluptés.

Voici que je t’évoque en ta fragilité,
Petit ami perdu que j’avais, au collège,
Ta voix évanouie, aux si légers arpèges,
Chante encor dans mon sang une étrange rumeur,
Et j’ai de tes regards gardé la claire odeur.

Comme des fleurs mêlées d’algue et de violette,
Tes regards où mon cœur redevenait en tête,
Tes regards ont vécu quand tout est mort autour,
J’ai encor des baisers pour notre jeune amour,
Ignorant de son rire et de sa joie câline.

Viens, ce sera, veux-tu, comme une mousseline,
Tirée sur le Présent, sur le Présent chagrin ;
De même qu’autrefois, des rires pour un rien,
Des caresses, des mots et des chansons légères…
Nous redirons à deux tout bas notre prière,

Pour ne pas être crus des oiseaux du chemin…

Archives par mois