
Invocation – Jean Aicard

«Si je te connais bien, Provence, et si je t’aime,
Tombe vivante des aïeux,
Dicte-moi des vers forts comme tes rochers même,
Et, comme ton ciel, purs et bleus.
«Inspire-moi l’élan des hautes vagues claires
Battant la terre à temps égaux,
Et la simplicité de tes chants populaires
Où sonne l’âme des échos.
«Je n’écoute que toi. Sois ma muse, toi seule;
Souffle-moi ton âme et mes vers,
Nourrice aux flancs dorés, jeune et puissante aïeule,
Terre des myrtes toujours verts.
«Tout ce qui n’est pas toi, tes flots, ta plage amère,
Efface-le de mon esprit…
Je veux être un enfant qui répète à sa mère
Les plus beaux chants qu’il en apprit!»
… Et sortant aussitôt des projets et du rêve,
J’ouvris ma croisée au levant,
Puis celle du mistral, puis celle de la grève,
Mes quatre fenêtres au vent:
«Entre, Soleil!–Toi, Vent, souffle, murmure et crie;
Viens-moi du Sud comme du Nord!
Apporte-moi vivant l’esprit de la patrie,
Et la poussière de la mort!
«Apporte-moi le bruit des eaux creusant les roches,
L’adieu des vaisseaux inclinés,
L’appel des laboureurs, le son perdu des cloches,
Le cri nouveau des derniers nés!
«Entre, et m’apporte, ô Vent, par mes vitres ouvertes,
Tous les bruits et toutes les voix,
Cependant qu’au travers des hautes branches vertes
Je chanterai ce que je vois.»
PREMIÈRE PARTIE
CHANT Ier























