Sélectionner une page

I. — chanson – Franc-Nohain

I. — chanson – Franc-Nohain

Que l’époux fasse seller
Son cheval gris pommelé;
Ventre à terre, ventre à terre,
Qu’il galope, qu’il galope:
On attend la couturière
Qui n’apporte pas la robe.

Le groom, sur sa bicyclette,
Depuis une heure est parti;
Partie aussi la soubrette:
Aujourd’hui, avant midi,
La couturière a promis;
Et, délaissant œufs et bœuf,
La cuisinière, en teuf-teuf,
Vient de partir elle aussi.

Que l’époux fasse seller
Son cheval gris pommelé.

Madame sur sa tour monte,
Et compte
Les minutes, les secondes;
Et, ne voyant rien venir,
Commence à s’évanouir.

Avec de blancs gâte-sauce,
Dans sa livrée vert-espoir,
Le groom, au coin du trottoir,
Se repose
Et, tranquille,
Joue aux billes,
Dans sa livrée vert-espoir.

Sous le porche d’une porte,
La femme de chambre accorte,
A un garçon épicier
Du quartier,
La femme de chambre accorde
Un tendre et furtif baiser.

La cuisinière, pratique,
En quelque arrière-boutique,
La cuisinière,
La cuisinière pratique
Le rhum et le vulnéraire.

Madame à sa tour ne voit,

Voit que le groom qui verdoie,
La soubrette qui rougeoie,
La cuisinière qui boit.

Mais l’époux a fait seller
Son cheval gris pommelé.

Madame reprend espoir,
Du plus loin qu’elle peut voir,
Elle agite son mouchoir.

Monsieur n’a fait qu’une trotte,
Il a crevé son cheval,
Il a perdu une botte,
Tout bancal,
Couvert d’écume et de crotte,
A bas de cheval il saute:

–La couturière a promis
Pour demain, avant midi,

Sans faute!–

Archives par mois