
Franciscæ meæ laudes – Charles Baudelaire

Vers Composés pour une Modiste Érudite et Dévote
Ne semble-t-il pas au lecteur, comme à moi, que la langue de la
dernière décadence latine,–suprême soupir d’une personne robuste
déjà transformée et préparée pour la vie spirituelle,–est singulièrement
propre à exprimer la passion telle que l’a comprise et sentie
le monde poétique moderne? La mysticité est l’autre pôle de cet
aimant dont Catulle et sa bande, poètes brutaux et purement épidermiques,
n’ont connu que le pôle sensualité. Dans cette merveilleuse
langue, le solécisme et le barbarisme me paraissent rendre les négligences
forcées d’une passion qui s’oublie et se moque des règles. Les
mots, pris dans une acception nouvelle, révèlent la maladresse
charmante du barbare du Nord agenouillé devant la beauté romaine.
Le calembour lui-même, quand il traverse ces pédantesques bégaiements,
ne joue-t-il pas la grâce sauvage et baroque de l’enfance?…
Novis te cantabo chordis,
O novelletum quod ludis
In solitudine cordis.
Esto sertis implicata,
O femina delicata,
Per quam solvuntur peccata!
Sicut beneficum Lethe,
Hauriam oscula de te,
Quœ imbuta es magnete.
Quum vitiorum tempestas
Turbabat omnes semitas,
Apparuisti, Deitas,
Velut stella salutaris
In naufragiis amaris…
Suspendam cor tuis aris!
Piscina plena virtutis,
Fons æternæ juventutis,
Labris vocem redde mutis!
Quod erat spurcum, cremasti;
Quod rudius, exæquasti;
Quod debile, confirmasti!
In fame mea taberna,
In nocte mea lucerna,
Recte me semper guberna.
Adde nunc vires viribus,
Dulce balneum suavibus
Unguentatum odoribus!
Meos circa lumbos mica,
O castitatis lorica,
Aqua tincta seraphica:
Patera gemmis corusca,
Panis salsus, mollis esca,
Divinum vinum, Francisca!






















