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Dans les clairs salons de la rue – Théodore de Banville

Nocturne en bleu et argent, James Abbott McNeill Whistler (1870)

Tableau : Nocturne en bleu et argent, James Abbott McNeill Whistler, 1870

Dans les clairs salons de la rue
De Sèze, vit l’âme française,
Comme elle est jadis apparue
Sous Louis Quinze et Louis Seize.

Dix-huitième siècle adorable,
Oh ! comme avec délicatesse
Il sut avoir la mémorable
Élégance de sa tristesse !

Ô boites d’or, miniatures,
Déités vaguement surprises
Parmi d’idéales natures ;
Nymphes des bois dans l’herbe assises ;

Satins, étoffes envolées,
Éventails qui semblez suffire
À calmer les Grâces troublées,
Par la caresse de Zéphire ;

Calmes et souriants visages
Rythmés, où pas un pli ne bouge
Et qui, parmi les paysages,
Nous charmez, vivants sous le rouge ;

Extases de la bucolique,
Frondaisons pleines de mystères ;
Églés que le mélancolique
Watteau guidera vers Cythère,

Avec de longs pleurs taciturnes
Je vous suis, et sous les portiques
Je vois couler l’eau de vos urnes,
Ô bleus paradis poétiques !

Et je vois, dans un vague souffle
De voluptés et de délire,
Pompadour ôtant sa pantoufle
Et du Barry tenant la lyre.

Texte : Wikisource · domaine public · lien affilié

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