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Charles Le Goffic — Le Breton qui a écrit la mer du dedans

Charles Le Goffic — Le Breton qui a écrit la mer du dedans

1863 — 1932

On les voit s’en venir en bandes,
À la prime aube, tout le long,
Le long des palus et des landes,
Glissant de-ci, de-là, selon

Papillons de mer

Il y a trois manières d’écrire la Bretagne. Celle de Botrel, qui la met en coiffes pour les scènes parisiennes. Celle de Corbière, qui la prend à rebrousse-poil. Et celle de Charles Le Goffic, qui la décrit.

« Papillons de mer » regarde des oiseaux arriver en bandes à la prime aube le long des palus et des landes. Il n’y a rien d’autre dans le poème. Il n’en faut pas plus.

Un professeur devenu académicien

Né à Lannion en 1863, normalien manqué, professeur puis journaliste, il devient l’un des grands défenseurs de la culture bretonne — pas dans son versant costumé, mais dans son versant savant : la langue, les traditions maritimes, l’histoire.

Il fonde avec Maurice Barrès et d’autres l’idée d’un régionalisme littéraire, écrit des romans de mer solides — Le Crucifié de Keraliès, Passions celtes —, et entre à l’Académie française en 1930, deux ans avant sa mort.

Le paysage exact

Sa poésie tient sur une chose : il nomme juste. Palus, landes, dunes, papillons de mer — chaque mot est le bon, et cette précision produit un effet que les grandes envolées n’obtiennent pas. Le lecteur voit.

Le corpus réuni ici contient aussi ses pièces intimes — « Le premier soir », « Épithalame », « Bretonne de Paris » — et quelques poèmes en breton ou à titre breton, comme « Rûn-Rouz », qui rappellent que sa langue de cœur n’était pas tout à fait le français.

Il est mort en 1932. Sa Bretagne, moins vendable que celle de Botrel, a moins survécu.

Choix de textes

  • Papillons de mer — Des oiseaux à la prime aube le long des palus. Il nomme juste, et le lecteur voit.
  • Rûn-Rouz — Un titre breton. Sa langue de cœur n’était pas tout à fait le français.
  • Bretonne de Paris — L’exil intérieur, sujet qu’il connaissait de première main.
  • Le premier soir — Le versant intime, sans une once de pittoresque régional.
  • Pleine nuit — L’obscurité complète, traitée comme un état et non comme un décor.
  • Couchant mystique — Le symbolisme affleure, chez un homme réputé régionaliste.
  • Anthéor — Une calanque du Var. Il n’a pas écrit que le Nord.
  • Épithalame — Un chant de noces, forme antique tenue sans raideur.
  • À Louis Boivin — L’épître à un ami, genre où il excellait.

Pour le lire

Amour breton (1889) · Le Bois dormant (1900) — la poésie.

Le Crucifié de Keraliès · Passions celtes — les romans de mer.

Élu à l’Académie française en 1930. Aucune édition poétique courante à ce jour.

Guillain Méjane

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