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XVI. L’ennui, l’affreuse peine admise, et que l’on tait – Anna de Noailles

Les funambules, Remedios Varo (1944)

Tableau : Les funambules, Remedios Varo, 1944

L’ennui, l’affreuse peine admise, et que l’on tait.
L’effort à tout instant, et nulle récompense.
Ne pas se souvenir qu’on est, mais qu’on était.
Éviter ce qu’on sent, craindre ce que l’on pense.
Savoir ! À tout chagrin pouvoir dire : « Je sais ».
Contempler les humains et leur besogne honnête
En méprisant leur âpre ou fructueux essai,
Qu’on juge vain. Haïr la terrestre planète
Qui, sous la morte lune, exemplaire décor,
Poursuit son cours distrait, cruel et misérable,
Qui soutient, bouleverse et résorbe les corps.
N’ayant plus de souhaits, être toujours instable.
Avec aucun humain ne rechercher d’accord.
— Ô toi dont je n’ai pas suivi la sombre pente,
Voilà ce que ta mort accorde à ta vivante !

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