
Vers composes pour une modiste erudite et devote – Charles Baudelaire

Le sous-titre de cette pièce, supprimé dans la seconde édition des
Fleurs du Mal, se trouve dans la première avec la drôle de note
suivante:
«Ne semble-t-il pas au lecteur, comme à moi, que la langue de la
dernière décadence latine,–suprême soupir d’une personne robuste,
déjà transformée et préparée pour la vie spirituelle,–est
singulièrement propre à exprimer la passion, telle que l’a comprise
et sentie le monde poëtique moderne? La mysticité est l’autre pôle
de cet aimant, dont Catulle et sa bande, poëtes brutaux et purement
épidermiques, n’ont connu que le pôle sensualité. Dans cette
merveilleuse langue, le solécisme et le barbarisme me paraissent
rendre les négligences forcées d’une passion qui s’oublie et se
moque des règles. Les mots, pris dans une acception nouvelle,
révèlent la maladresse charmante du barbare du Nord, agenouillé
devant la beauté romaine. Le calembour lui-même, quand il traverse
ces pédantesques bégaiements, ne joue-t-il pas la grâce sauvage et
baroque de l’enfance?»–C. B.
Novis te cantabo chordis,
O novelletum quod ludis
In solitudine cordis.
Esto sertis implicata,
O femina delicata,
Per quam solvuntur peccata!
Sicut beneficum Lethe,
Hauriam oscula de te,
Quæ imbuta es magnete.
Quum vitiorum tempestas
Turbabat omnes semitas,
Apparuisti, Deitas,
Velut stella salutaris
In naufragiis amaris.
–Suspendam cor tuis aris!
Piscina plena virtutis,
Fons æternæ juventutis,
Labris vocem redde mutis!
Quod erat spurcum, cremasti;
Quod rudius, exæquasti;
Quod debile, confirmasti!
In fame mea taberna,
In nocte mea lucerna,
Recte me semper guberna.
Adde nunc vires viribus,
Dulce balneum suavibus
Unguentatum odoribus!
Meos circa lumbos mica,
O castitatis lorica,
Aqua tincta seraphica;
Patera gemmis corusca,
Panis salsus, mollis esca,
Divinum vinum, Francisca!























