Tanit – Marie Krysinska
Parmi les avalanches
Des nuées,
La déesse blanche,
Ceinte de clartés virginales,
Écartant ses voiles,
Paraît.
Aussitôt les routes, les maisons et les arbres
Qui sommeillaient
Après la fatigue quotidienne,
Dépouillent leur humble aspect
Et deviennent
Ivoire et marbres.
Tanit, la pale, d’un doigt transparent
Frôle une invisible harpe dressée à l’Orient
Et chante la louange
De la mort, pâle et belle
Comme elle,
Silencieux Ange.
Quittez les couleurs brutales de la Vie,
Jeunes filles qui promenez
Dans les sentiers
Vos incertaines songeries.
Laissez tomber sur vos cheveux
Noirs ou blonds
Sur vos joues vermeilles, sur vos habits joyeux
La neige de mes rayons.
Arrêtez votre course qui vole au rendez-vous,
Où la voix de la passion vous convie,
Sur la pierre des tombes pliez un lent genou
Comme des statues drapées de mélancolie.
Lavez-vous de la Vie dans mes ondes lactées,
.mw-parser-output .ws-mpom-strophe{display:inline-block;page-break-inside:avoid;break-inside:avoid}La Mort est une Dame immaculée.
À vos désirs, à vos illusions,
À vos bras tendus vers les horizons,
La Vie répondra
Par un rire narquois.
Si vous mirez vos yeux ardents
Aux lacs des espoirs exaltants,
Les orages
En troubleront la surface
Et vous y pleurerez l’image
Qui s’efface.
La Mort est celle par qui
Se déclot la porte de l’Infini.
Déjà sous ma lumière
Comme sous son haleine
Tout blémit,
Tout trépasse un peu, au sein d’une blanche paix.
Les routes, les maisons et les arbres
Dépouillent leur humble aspect
Et deviennent
Ivoire et marbres.