
Rondel – Remy de Gourmont

Honneste mort ne me desplaist.
FRANÇOIS VILLON.
Honnête mort ne me déplaît,
Si vous raillez encore, madame.
D’amour qui ne va jusqu’à l’âme,
Mieux que d’aimer mourir me plaît.
Hélas! C’est ainsi qu’il lui plaît
De s’amuser! Eh bien, madame,
Honnête mort ne me déplaît.
Hélas! Non plus ne me déplaît
Sa grâce à me déchirer l’âme.
Faites-moi donc mourir, madame;
Puisque le jeu si fort vous plaît,
Honnête mort ne me déplaît
7 avril 1887.
NOTE
ÉCRITE LE 14 AVRIL 1887.
De ces minutes d’ineffable et profonde joie, première caresse rendue,
premiers abandons, premières étreintes, doux et crucifiants émois du
désir; de ces minutes telles que de les avoir senties c’est avoir vécu
et senti la passion; de ces minutes dont il est vain de vouloir rendre
le charme surhumain, la plus pénétrante, au souvenir, c’est celle où je
sentis sur mon front pâli par le désir s’appuyer sa main tiède…
Les mots sont faibles et plient sous le poids. Rien de tel ne fut
jamais exprimé par aucun poète…
Et celle qui me fit sentir cela–qui sans se donner fut à moi de
désir–celle-là est l’inoubliable, celle qui à jamais sera aimée–Tout
s’efface de ce qui faisait le vague intérêt de la vie–et un point
reste: elle.
Il semble qu’on puisse prendre tout en patience, pourvu qu’elle vienne.
Tout peut passer, pourvu qu’elle demeure.
Banalité toute écriture–La passion s’écrit dans le sang, dans la
chair–et quel dieu est en vous quand on aime ainsi!























