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Remy de Gourmont — L’homme qui s’est caché pour mieux voir

Remy de Gourmont — L’homme qui s’est caché pour mieux voir

1858 — 1915

Simone, il y a un grand mystère
Dans la forêt de tes cheveux.
Tu sens le foin, tu sens la pierre
Où des bêtes se sont posées ;

Les Cheveux

Vers 1891, un lupus tuberculeux lui dévore le visage. Bibliothécaire à la Nationale, il en est chassé — officiellement pour un article politique, réellement parce qu’on ne supportait plus de le regarder.

Il s’est alors enfermé rue des Saints-Pères, et il y est resté vingt-quatre ans. Il en est sorti la nuit, rarement, le col relevé. C’est de là qu’il a été le critique le plus intelligent de sa génération.

Le Livre des masques

Ce recluse a fait plus qu’aucun autre pour faire connaître les vivants. Le Livre des masques (1896) présente cinquante-trois écrivains que personne ne lisait — Mallarmé, Laforgue, Verhaeren, Maeterlinck — avec une justesse que le temps n’a presque pas démentie.

Il a aussi écrit sur la biologie de l’amour, sur le style, sur la dissociation des idées. Il ne croyait à rien et il examinait tout.

Simone

Ses vers sont ailleurs. Il y a d’abord les Litanies de la Rose, où la forme de la prière catholique sert à dire exactement le contraire — chaque strophe se referme sur son refrain comme une porte.

Et il y a Simone, un cycle de poèmes tenus dans une langue si simple qu’on la croirait faite pour un enfant : les cheveux, la neige, la rivière, le houx, les fougères. Il n’y a plus une once d’ironie. C’est un homme défiguré qui écrit à une femme, et qui ne parle que d’odeurs et de choses touchées.

La Simone en question s’appelait Berthe de Courrière, elle avait vingt ans de plus qu’il n’y paraît dans les poèmes, et elle est restée avec lui jusqu’à la fin.

1915

Il est mort en septembre 1915, pendant que la guerre défaisait le monde qu’il avait passé sa vie à décrire. Il avait cinquante-sept ans.

Choix de textes

  • Les cheveux — « Tu sens le foin, tu sens la pierre. » La simplicité la plus difficile qui soit.
  • Litanies — La forme de la prière retournée contre elle-même, refrain après refrain.
  • La neige — Du cycle Simone. Rien qu’un mot, une chose, et personne pour commenter.
  • Les fougères — Toujours Simone : une plante regardée jusqu’à ce qu’elle devienne quelqu’un.
  • Le houx — Trois feuilles piquantes, et le poème le plus court du cycle.
  • Vains baisers — « Qu’importe, s’ils sont vains, puisque j’y bois ton âme. »
  • La forêt blonde — Le paysage et la chevelure confondus, motif qu’il n’a jamais lâché.
  • Hiéroglyphes — Le symbolisme dans son ambition la plus haute : un signe pour chaque chose.
  • Oraisons mauvaises — Le titre dit tout. La prière comme blasphème tenu.
  • Le soir dans un musée — Un homme qui ne sort que la nuit, dans la seule salle où il soit tranquille.

Pour le lire

Le Livre des masques (1896-1898) — cinquante-trois portraits d’écrivains vivants, et le meilleur guide du symbolisme.

Litanies de la Rose (1892) · Simone (1901) — les deux versants de ses vers.

La Physique de l’amour (1903) · Le Problème du style (1902) — le savant, et le styliste.

Sixtine (1890) — le roman « cérébral », son livre le plus étrange.

Guillain Méjane

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