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Leconte de Lisle — Celui qui a voulu que le poème soit du marbre

Leconte de Lisle — Celui qui a voulu que le poème soit du marbre

1818 — 1894

Marbre sacré, vêtu de force et de génie,
Déesse irrésistible au port victorieux,
Pure comme un éclair et comme une harmonie,
Ô Vénus, ô beauté, blanche mère des Dieux !

Vénus de Milo

Il est né à Saint-Paul de La Réunion, il a vu la mer chaude, les cyclones et les esclaves de l’habitation familiale. Il a passé sa vie à écrire des Grecs, des Hindous et des Scandinaves.

On peut y voir une fuite. C’est plutôt un programme : après le déluge de confidences romantiques, il a décidé que le poète n’avait pas à se raconter — qu’il devait tailler des objets, et se taire.

L’impersonnalité

Le Parnasse, c’est lui. Le mot vient d’une anthologie de 1866, mais l’idée est dans sa préface aux Poèmes antiques de 1852 : la poésie doit être une science exacte, impassible, savante, débarrassée de l’auteur.

Il a tenu parole avec une rigueur presque effrayante. Ses vers sont impeccables, sonores, coupés net. On y sent le ciseau plutôt que la main. Et sous ce marbre passe de temps en temps une désolation totale, qui n’est jamais dite mais qu’on entend.

Les Poèmes barbares

Son grand livre est celui où il quitte la Grèce pour tout le reste : l’Inde védique, l’Égypte, la Bible, les sagas du Nord, la savane, la jungle. « Les Oiseaux de proie », « Le Rêve du jaguar », « Les Éléphants » — il a inventé le poème animalier moderne, où la bête n’est ni une fable ni un symbole, mais une bête.

Il y a aussi son athéisme, qui est massif et furieux, et sa haine du siècle industriel, qui l’est plus encore.

Le fauteuil de Hugo

En 1886, il est élu à l’Académie française au fauteuil de Victor Hugo — lui qui avait passé quarante ans à écrire l’exact contraire de ce que Hugo écrivait. Il a fait le discours d’usage. On dit qu’il l’a fait très bien.

Il est mort en 1894 à Voisins, presque aveugle, chef d’une école que la génération suivante — Mallarmé, Verlaine, ses propres disciples — était déjà en train de démolir.

Choix de textes

  • Vénus de Milo — Le manifeste : la beauté comme marbre, et le refus de tout attendrissement.
  • Les Éolides — Les brises grecques. La pièce la plus légère d’un poète qui ne l’était pas.
  • Les Oiseaux de proie — La bête sans fable et sans symbole. Il a inventé cela.
  • Nanny — Une des rares fois où sa voix tremble un peu, et cela s’entend d’autant plus.
  • Niobé — La mère dont on tue les enfants, changée en pierre. Son sujet, forcément.
  • Les Rêves morts — Sous le marbre, la désolation qui n’est jamais dite mais qu’on entend.
  • Le Vase — Un objet décrit avec une patience d’orfèvre — l’exercice parnassien par excellence.
  • Phidylé — Mis en musique par Duparc, ce qui lui a donné une seconde vie.
  • L’Arc de Çiva — L’Inde védique, qu’il lisait dans le texte : il était helléniste et sanskritiste.
  • Çunacépa — Le long poème hindou, où l’érudition se fait souffle.

Pour le lire

Poèmes antiques (1852) — la préface qui fonde le Parnasse.

Poèmes barbares (1862) — son grand livre : l’Inde, le Nord, la savane, les bêtes. En Poésie/Gallimard.

Poèmes tragiques (1884) · traductions d’Homère, d’Eschyle, de Sophocle.

Académie française, 1886, au fauteuil de Victor Hugo.

Guillain Méjane

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