
Jean Canora — Un nom sur une couverture, et rien d’autre

Où t’en vas-tu, dis-moi, poète qui soupires,
Quand le jeune printemps fleurit sous le ciel clair ?
Röslein
Aucune notice, aucune date, aucun manuel. Jean Canora est de ces auteurs dont il ne reste que les vers, et le Vagabond n’inventera pas le reste.
On peut cependant lire, et déduire — ce qui est déjà un exercice.
Ce que le corpus dit
La langue le situe : nous sommes entre 1890 et 1910. Les titres sont ceux de la chanson fin de siècle — « Valse », « Berceuse », « Chansons d’avril », « Baiser d’automne », « Au clair de la lune », « Chanson d’adieu ». Le décor est celui des recueils qu’on offrait alors.
Un titre allemand ouvre l’ensemble : Röslein, « petite rose », le mot du Heidenröslein de Goethe. Quelqu’un qui commence son livre ainsi a lu les lieder et sait ce qu’il fait.
Et puis « Le prolétaire »
Au milieu de ces valses et de ces baisers, un poème détonne. Il s’adresse à un « Comte », au nom des ouvriers, et il commence ainsi : « Je n’étais rien. Ta voix m’a fait dresser le front. » Il parle d’esclaves, de serfs qu’on fouette, d’affront jeté à la face des princes.
C’est du socialisme chrétien ou du christianisme social, le ton d’Albert de Mun ou de La Tour du Pin, et cela ne s’écrit pas par hasard. Voilà quelqu’un qui avait des convictions et un destinataire précis.
Ajoutez « À propos de couvent », « La femme », « J’ai vu l’enfant », « Invocation aux morts » : le portrait qui se dessine est celui d’un catholique social de la Belle Époque, qui écrivait des chansons d’amour le reste du temps.
L’aveu
Voilà tout. Le Vagabond conserve ses poèmes parce qu’ils ne sont nulle part ailleurs, et cette page restera incomplète jusqu’à ce que quelqu’un sache.
Choix de textes
- Röslein — « Petite rose », le mot de Goethe. Il ouvre son livre en connaisseur.
- Le prolétaire — Le poème qui détonne, et le seul indice sur qui il était.
- Au matin — « C’est péché, de dormir encore. » L’aubade, tenue avec grâce.
- La mort la plus douce — Le titre promet un lieu commun ; le poème s’en écarte.
- Invocation aux morts — Le registre grave, chez quelqu’un qu’on croyait de salon.
- Lys brisés — Le vocabulaire complet de 1900 en deux mots.
- La princesse au jardin — Le conte, décor obligé de sa génération.
- Quand tu dors — Regarder dormir quelqu’un : sujet risqué, mené sans faute.
- Baiser d’automne — La saison et le geste, accordés comme dans un lied.
- Après la tempête — Le calme d’après, qui est toujours le meilleur moment.
Pour le lire
Aucune notice biographique, aucune date établie, aucun manuel ne le mentionne.
Les poèmes réunis ici ne sont accessibles nulle part ailleurs.
⚠️ Si vous savez quelque chose de lui, cette page attend d’être corrigée.
Guillain Méjane























