
Louis de Fontanes — Celui qui a lancé Chateaubriand et s’est effacé derrière

1757 — 1821
Réveille-toi, Milord ; ne livre plus les jours
À tous ces graves riens qui tourmentent les cours ;
Laisse aux clients des rois leur superbe esclavage.
Épître I
En 1800, un émigré rentré de Londres publie un roman court intitulé Atala. Personne ne connaît son nom. Un article paraît dans le Mercure, signé Fontanes, qui explique à la France pourquoi ce livre change tout.
Il avait raison, et le nom de Chateaubriand est aujourd’hui dans tous les manuels. Celui de Fontanes n’y est plus.
L’homme du passage
Sa vie tient dans une charnière. Formé au XVIIIe siècle, nourri de Virgile, de Pope et de Delille, il écrivait des épîtres en alexandrins et des essais en vers sur l’astronomie — la poésie didactique dans toute sa dignité.
Et il a vécu assez pour voir naître exactement le contraire. Il a soutenu Le Génie du christianisme, protégé les jeunes, publié les premiers romantiques, tout en continuant lui-même à écrire comme en 1780.
Le Grand Maître
Bonaparte l’a fait président du Corps législatif, puis Grand Maître de l’Université impériale — c’est-à-dire responsable de toute l’instruction publique française, lycées compris. La forme du lycée français, avec ses classes et ses proviseurs, c’est en partie lui.
Il a servi l’Empire, puis la Restauration, et il est mort pair de France en 1821. On peut appeler cela de la souplesse ; on peut aussi remarquer qu’il a protégé beaucoup de monde.
Ce qu’on trouve ici
Ses épîtres, ses vers sur la forêt de Navarre, son Essai sur l’astronomie, ses pièces à des amis — Ducis, l’abbé Barthélemy. Et, chose rare, les variantes et les notes de ses éditeurs, ces vers qu’il avait écrits puis rejetés.
C’est un document précieux : on voit un poète classique en train de choisir, et l’on comprend que ce vers-là, jugé trop faible, était le plus vivant des deux.
Choix de textes
- Épître I — « Réveille-toi, Milord » — l’épître anglaise, forme reine du XVIIIe siècle.
- La Forêt de Navarre — Son morceau le plus connu, et un beau paysage d’avant le romantisme.
- Sur un Arbuste mourant — Le petit sujet où sa sensibilité se laisse enfin voir.
- Épître à Ducis — À l’homme qui adaptait Shakespeare en alexandrins. Tout un monde.
- À la Fontaine du Vivier — Le lieu précis, nommé — geste plus moderne qu’il n’y paraît.
- Essai sur l’Astronomie — La poésie didactique, genre entier que le romantisme a effacé.
- Vers à l’abbé Barthélemy — À l’auteur du Voyage du jeune Anacharsis, best-seller de 1788.
- Épître IV — La suite de la série, où le ton se resserre.
- Variantes — Les vers qu’il avait écrits puis rejetés. Souvent les plus vivants.
- Notes de la deuxième Épître — L’atelier de l’éditeur, avec les vers cités en renfort. Un document.
Pour le lire
La Forêt de Navarre (1780) · Le Jour des morts dans une campagne (1789) · Essai sur l’astronomie.
Son article du Mercure sur Atala (1800) a lancé Chateaubriand.
Grand Maître de l’Université impériale, pair de France. Aucune édition courante à ce jour.
Guillain Méjane























