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Anatole France — Le prosateur qui a commencé par le marbre

Anatole France — Le prosateur qui a commencé par le marbre

1844 — 1924

Ô vous qui, dans la paix et la grâce fleuris,
Animez et les champs et vos forêts natales,
Enfants silencieux des races végétales,
Beaux arbres, de rosée et de soleil nourris,

Les Arbres

Prix Nobel de littérature en 1921, le romancier le plus lu de la Troisième République, dreyfusard de la première heure, ami de Zola, mis à l’Index par Rome en bloc. Tout cela est vrai et tout cela concerne sa prose.

Il avait commencé autrement. À vingt-neuf ans il publie Les Poèmes dorés, un recueil de vers parnassiens, et c’est ce livre-là qui est ici.

Parnassien de stricte observance

Il était du cercle de Leconte de Lisle et il en a pris toutes les règles : le vers impeccable, l’impersonnalité, la science, l’antiquité, et surtout ce goût très particulier de regarder la nature comme un savant plutôt que comme un rêveur.

« Les Sapins », « Les Arbres », « La Mort d’une libellule », « La Perdrix » : ce sont des poèmes darwiniens. Il y a des espèces, des générations, des destinées lentes, un monde sans providence. « Enfants silencieux des races végétales » — le mot races est ici un terme de naturaliste, et il est choisi.

Ce qu’il en a fait ensuite

Il a quitté le vers vers 1880 et il n’y est jamais revenu, sinon pour Les Noces corinthiennes, un poème dramatique où le christianisme naissant broie une jeune fille.

L’ironie qui a fait sa gloire — celle de La Rôtisserie de la reine Pédauque, de L’Île des Pingouins — n’est pas encore là. Dans les vers, il est grave, appliqué, et par moments très beau.

Note sur ce corpus

⚠️ Ce que le Vagabond réunit sous son nom n’est pas homogène. À côté des Poèmes dorés, on trouve des chapitres en prose — la Vie de Rabelais, les Promenades de Pierre Nozière en France — que l’importation a rangés parmi les poèmes, et dont les titres (« Premier livre », « Livre VII », « Quatrième livre ») ne disent rien.

On les laisse en place plutôt que de les jeter : ce sont d’authentiques pages de lui. Mais on préfère le dire que de faire semblant.

Choix de textes

  • Les Arbres — « Enfants silencieux des races végétales » — le mot races est de naturaliste.
  • Les Sapins — L’Océan, le vent du nord, et « l’effroi divin » épandu sur les choses sans forme.
  • La Mort d’une libellule — Un monde d’eau croupie observé au microscope. Poème darwinien.
  • La Perdrix — La bête chassée, sans attendrissement et sans cruauté. L’exercice est difficile.
  • Marine — Le genre obligé du Parnasse, tenu avec une netteté de graveur.
  • La Fille de Caïn — La Bible relue par un incroyant qui prend toujours le parti des maudits.
  • Théra — Santorin. L’érudition mise au service d’une image, jamais l’inverse.
  • Le Captif — L’enfermement, motif qui traversera toute sa prose ensuite.
  • L’Humaine Tragédie — Le grand poème philosophique, où sa gravité va au bout d’elle-même.
  • Âmes obscures — Ceux dont on ne parle pas — le futur dreyfusard s’y devine déjà.

Pour le lire

Les Poèmes dorés (1873) — les vers parnassiens réunis ici.

Les Noces corinthiennes (1876) — son poème dramatique, et son adieu au vers.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1893) · L’Île des Pingouins (1908) · Les Dieux ont soif (1912) — la prose, qui est le reste.

Prix Nobel de littérature 1921. Académie française 1896.

Guillain Méjane

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