
Dox — Le poète national de Madagascar, en français dans le texte

1913 — 1978
Si tu demeures
Gardant ta sacralité,
Et si nous te pratiquons,
Ô notre langue, nous ne disparaîtrons pas !
La langue des ancêtres
Il s’appelait Jean Verdi Salomon Razakandraina. Il a signé Dox toute sa vie — trois lettres, un surnom de collège, tiré du grec doxa.
À Madagascar, il n’est pas un poète parmi d’autres : il est le poète. On apprend ses vers à l’école, on les chante, on les cite dans les discours. Ce que Hugo est à la France, il l’est à la Grande Île.
La langue
Son œuvre est d’abord en malgache, et c’est la clef de tout. Il a passé sa vie à démontrer qu’on pouvait tout dire dans cette langue-là — y compris ce que le colonisateur croyait réservé à la sienne.
La preuve, il l’a administrée en traduisant en malgache Racine, Corneille, Hugo, Lamartine, Baudelaire, et jusqu’aux psaumes. Non pas pour singer la France : pour prouver que sa langue tenait le choc.
« Ô notre langue, nous ne disparaîtrons pas ! » Le vers est une déclaration politique, et il a été écrit sous administration coloniale.
Ce qu’on lit ici
Des poèmes en français, ou passés en français. On y trouve les mots qui n’ont pas d’équivalent — le fihavanana, cette parenté qui n’est ni l’amitié ni la famille et qui tient toute la société malgache ; le lamba, l’étoffe qu’on porte et dans laquelle on enterre.
Et l’on y trouve la terre : le raphia, le baobab, le jacaranda, les cases en terre battue, les collines rouges d’Imerina brûlées et emportées par les pluies. « Île rouge… comme un symbole », dit-il, et il ne développe pas.
1913-1978
Il a vécu l’administration coloniale, l’insurrection de 1947 et sa répression, l’indépendance de 1960, puis la révolution de 1972. Il a écrit à travers tout cela sans jamais faire de la poésie de tribune.
Il est mort en 1978, laissant une œuvre que Madagascar récite encore et qu’on ne trouve presque nulle part ailleurs en français.
Choix de textes
- La langue des ancêtres — « Ô notre langue, nous ne disparaîtrons pas ! » Écrit sous administration coloniale.
- Le fihavanana — Le mot qui n’a pas de traduction, et qui tient toute la société malgache.
- Île rouge — Les collines d’Imerina brûlées et emportées. « Comme un symbole », et il s’arrête là.
- Lamba — L’étoffe qu’on porte vivant et dans laquelle on est enterré.
- Baobab — L’arbre-emblème, pris pour lui-même et non pour la carte postale.
- Raphia — Le palmier dont on fait tout : le tissu, le lien, le toit.
- Des cases en terre battue et une maison en briques — Le titre pose l’inégalité. Le poème n’a plus qu’à la dérouler.
- Si vous m’aimez, venez à moi en pirogue — La forme du hain-teny, la joute amoureuse traditionnelle.
- Terre qui ne sera jamais mienne — Le titre le plus dur de tout le recueil, et il ne s’explique pas.
- Au bord du lac — Le paysage des hauts plateaux, sans une once de pittoresque.
Pour le lire
Ny Hirako (1941) · Telomiova · Folihala — l’œuvre en malgache, la principale.
Chants capricorniens (1975) — le recueil français.
Traducteur en malgache de Racine, Corneille, Hugo, Lamartine et Baudelaire — pour prouver que sa langue tenait le choc.
Poète national de Madagascar : on apprend ses vers à l’école et on les chante encore.
Guillain Méjane























