Retour à la ville – Marie Krysinska
L’arrêt du train ; piétinement de foule sur le quai
Longeant l’eau noire de la voie ;
La mémoire encor bourdonnante des voix
Mêlées, d’oiseaux dans les bois,
Et déjà l’opaque suie des rues ;
Le fracas brutal des roues sur le pavé.
La hâte de la cohue affairée,
Le ciel prisonnier au bout des avenues.
Les yeux encore emplis de légères visions
D’arbres, au bord des routes, rêvant
Et déjà le bel horizon.
Dévoré de murailles comme de lourdes dents.
La poussière, résidu de drames, de folie, de fêtes et de déclins,
Oppresse le souffle qui se souvient en vain
D’avoir bu l’odeur des herbes sauvages — comme un vin.
Garde sur ta joue, amie, garde longtemps
Le reflet de nos soleils perdus,
Le vent de la forêt en tes cheveux tordus
Et dans tes prunelles, un coin du libre firmament.