
Prenant quelques chansons aux voluptés câlines – Jacques d’Adelswärd-Fersen

Prenant quelques chansons aux voluptés câlines,
J’aurais voulu sertir une bague à ton cœur
Dont tes larmes d’amour fussent les perles fines,
Prenant quelques chansons, j’aurais chanté mes pleurs !
Viens, mon petit amour, donne-moi ta main fine,
Nous allons tous les deux courir dans les prés gris,
Aux barres nous jouerons, celui qui sera pris
Donnera un baiser sur sa lèvre gamine ;
Ainsi, presque à l’endroit, dans le parc… tu sais,
Où il y a des bancs pour s’asseoir près des vignes,
Nous nous arrêterons et je te ferai signe,
Nous cueillerons tous deux du raisin framboisé.
Le jardin en est lourd, la treille en est couverte,
De ce raisin doré et bleu comme tes yeux,
J’attacherai la grappe à quelque branche verte,
Et nous y mêlerons nos lèvres à tous deux.
Puis quand nous serons las, chéri, et que les cernes
Berceront nos regards dans leur tiède velours,
Lorsque le calme soir se pâlira du jour,
Lorsque viendra l’instant où rien ne se discerne,
Où l’on semble invoquer les nymphes d’autrefois,
À chaque étoile au ciel, à chaque fleur sur terre,
D’un geste magnifique et d’une main légère,
Comme un petit Bacchus, égaré dans les bois,
Tu laisseras meurtrir ta beauté par mes lèvres !






















