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Pentecôte – Albert Giraud

Pentecôte – Albert Giraud

Dans l’église nocturne et magique, aux lumières
De la nef d’argent vert et rose où les verrières
Enfièvrent la splendeur d’un peuple de joyaux,
Un groupe énigmatique et blond d’enfants royaux,
Très pâle, s’alanguit dans une longue attente.
Rien de la vie en fête autour d’eux ne les tente,
Rien du baiser soyeux des heures, rien des jeux.
Frêles servants d’un culte ignoré, l’orageux
Tourbillon d’aigles noirs de leur âme s’élance
Vers un cruel soleil d’extase et de silence,
Vers le soleil que nul n’a toisé sans mourir ;
Et fébriles dans leur attente de souffrir,
Contemplent sur l’autel impérieux et sombre
S’ouvrir et se fermer les yeux rouges de l’ombre
Au caprice vermeil des flambeaux palpitants.
Et voici que sur les étranges pénitents,
Très lointaine ruisselle une musique aiguë,
Avec des voix d’enfants dont l’ivresse ambiguë
Oppresse de tendresse et caresse le cœur,
Et que du groupe évangélique, dans le chœur,
Se lève un bel apôtre à figure de femme,
Mince, agile, ondulant et fier comme une flamme,
Un Messie aux cheveux douloureux et sanglants,
Dont les regards pensifs et les gestes troublants
Font éclore, du haut des voûtes phosphoreuses,
Un vol éblouissant de langues amoureuses ;
Et l’essaim d’or de ces abeilles du désir
Paresseusement tourne, avant d’oser choisir,
Autour des lys de feu qui fleuronnent les cierges,
Puis, effleurant le front des héros et des vierges,
Lente, chacune élit un doux enfant pâmé,
Ensorcelle sa chair du songe parfumé
D’un voyage au pays des étoiles fleuries,
Et se pose, en mourant, sur ses lèvres meurtries.

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