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Lettre à M. l’abbé Casgrain (29 janvier 1867) – Octave Crémazie

Lettre à M. l’abbé Casgrain (29 janvier 1867) – Octave Crémazie

Des dieux que nous servons telle est la différence.
Oui, les absents ont tort… et les morts sont absents.
Mon verre n’est pas grand, mais je bois dans mon verre.
………………….les jours de Carillon,
Où, sur le drapeau blanc attachant la victoire,
Nos pères se couvraient d’un immortel renom,
Et traçaient de leur glaive une héroïque histoire.
……………….de ces temps glorieux,
Où seuls, abandonnés par la France leur mère,
Nos aïeux défendaient son nom victorieux
Et voyaient devant eux fuir l’armée étrangère.
Descendant des héros qui donnèrent leur vie
Pour graver sur nos bords le nom de leur patrie,
La hache sur l’épaule et le glaive à la main.
Mutilé, languissant, il coulait en silence
Ses vieux jours désolés, réservant pour la France
Ce qui restait encor de son généreux sang ;
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ses regards affaiblis interrogeaient la rive,
Cherchant si les Français, que, dans sa foi naïve,
Depuis de si longs jours il espérait revoir,
Venaient sur nos remparts déployer leur bannière :
Puis, retrouvant le feu de son ardeur première,
Fier de ses souvenirs, il chantait son espoir :

« Pauvre soldat, aux jours de ma jeunesse,
« Pour vous, Français, j’ai combattu longtemps :
« Je viens encor, dans ma triste vieillesse,
« Attendre ici vos guerriers triomphants.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
« Mes yeux éteints verront-ils dans la nue
« Le fier drapeau qui couronne leurs mâts ?
« Oui, pour le voir, Dieu me rendra la vue !
« Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas ? »
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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