Sélectionner une page

L’Élu – Alexandre Macédonski

L’Élu – Alexandre Macédonski

Parmi la bise blanche et la neige aveuglante,
Le demi-dieu, très haut dresse son front pâli,
Un sourire l’effleure, et sa démarche lente
Et douce, le berce en son rêve enseveli.

La ville autour de lui, moderne Erèbe, roule
Sa fange ténébreuse où pleurent les sanglots,
Mais vainement la vie, impitoyable houle,
L’assiège monstrueuse et le bat de ses flots.

Entre des murs de marbre et des colonnes grêles
Il glisse, grave et fort dans sa toge de lin,
Et s’attarde, rêveur, aux mosaïques frêles
Qui reflètent l’éclair de son œil sibyllin.

Les chapiteaux d’onix soutiennent la cymaise,
Un long rebord d’albâtre où s’encadre l’azur
D’une nuit d’Italie ou du Péloponnèse,
Et Vesper brille au front du grand firmament pur.

Et lentement, l’élu remontant vers son trône,
Sous l’ivresse des doigts vibre le sistre d’or,
Tels bruissaient jadis les chênes de Dodone,
Majestueux et beaux en leur tranquille essor.

Archives par mois