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L’éternité – Edmond Haraucourt

Navires dans le port de Boston au crépuscule, William Bradford (1859)

Tableau : Navires dans le port de Boston au crépuscule, William Bradford, 1859

A un compositeur de musique religieuse.

L’Éternité!–Dieu m’en préserve;
C’est assez de vivre une fois.
Moisir à l’état de conserve
Comme un bocal de petits pois.
Dieu m’en préserve!

L’Éternité!–Point ne m’en faut.
C’est tentant comme un jour de pluie:
Un Enfer où l’on a trop chaud,
Un Paradis où l’on s’ennuie.
Point ne m’en faut!

L’Éternité!–C’est dérisoire:
Pas de corps, des âmes partout:
Rien à peloter, rien à boire;
Pas moyen de tirer son coup.
C’est dérisoire!

L’Éternité! L’Éternité!
Sans amour que faire d’une âme?
Mahomet m’eût bien mieux tenté.
Ah! si l’on passait sur la femme
L’Éternité!

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