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Les lampes – Marie Krysinska

Les lampes – Marie Krysinska

Il est des lampes fraternelles
Aux lueurs patientes ;
Il en est de cruelles
De gaies et d’impudentes.

Lampe résignée
Qui baigne d’une teinte falote
L’étoffe riche aux mains lassées
De l’ouvrière pâlotte.

Lampes parées, comme des Princesses Charmantes,
Au-dessus des nappes éblouissantes,
Dans l’argent ciselé, dans le cristal joyeux,
Vous mirez vos feux.

Lampe du penseur solitaire
Guide ironique dans le désert
D’insondables mystères. —
Lampes éclairant
Le Drame, le Crime et le Sang !

Lampe au lit du malade languissant
Quand toute notre âme à son âme fuyante se suspend.

Lampe, de rose et de dentelle voilée
Qui fait un diamant
D’un pleur éclos dans des yeux d’amants
En de divines extases liés.

Lampes de fêtes, aux reflets chatoyants
Sur des épaules nues que la danse entraîne.

Lampe, intime soleil vigilant
Qui brille sur les bonnes heures, sereines.

Lampe qui vit naître et mourir
Douter, souffrir, rire et pleurer.

Et toi, leur sœur pieuse,
Vacillante lumière :
Lampe veilleuse
De sanctuaires

Vous êtes les humbles étoiles de la terre.

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