
Interlude de chansons – Stuart Merrill

I
Mon âme, en une rose,
Est morte de douleur:
Cest l’histoire morose
Du rêve et de la fleur.
Je nirai pas la dire
Sur les routes du roi;
Je crois, Dame et Messire,
Que vous ririez de moi.
Voici le vent dautomne
Sur mon âme et les fleurs;
Et pourtant je métonne
De tout ce ciel en pleurs.
O rose de mon rêve,
Fleuriras-tu jamais?
Naîtras-tu de sa sève,
Amour, aux futurs Mais?…
II
Des fleurs du soir plein tes mains,
Tous les cieux dans tes yeux,
Et lespoir des lendemains
Dans les yeux et les cieux,
Tu vins par la plaine jaune
En ce froid mois dautomne,
O la donneuse daumône
Dont le pauvre s’étonne.
Chantons de vieilles chansons
Pour lamour du passé,
Et tels des enfants lançons
Tes fleurs au jour lassé.
On dit que sur la montagne
Tombe déjà la neige,
Mais quimporte à qui regagne
Lâtre où le feu sabrège?
Ce sera bientôt pour nous
Baisers et bon sommeil,
Mienne, et dans nos bras jaloux
Loubli du vieux soleil.
III
O paix de ce pays dici
Où jadis nous nous aimâmes
Par nos corps et par nos âmes,
O paix de ce pays dici!
Le crépuscule dans les arbres
Dont tous les oiseaux sont fous
De sêtre aimés comme nous,
Le crépuscule dans les arbres!
Et ce fleuve sous la forêt
Où, soeur folle des automnes,
Tu cueillais les anémones,
Et ce fleuve sous la forêt!
Sais-tu ce que nous dit le fleuve
Qui pleurait dans les roseaux
–Soupirs des vents et des eaux–
Sais-tu, ce que nous dit le fleuve?
Il nous dit: Craignez la forêt
Dont au carrefour des doutes
On ne connaît plus les routes.
Il nous dit: «Craignez la forêt!»
Mais nous navons pas peur des arbres
Lourds du tumulte des vols
Et des chants des rossignols;
Mais nous navons pas peur des arbres.
O paix de ce pays dici,
La voix des eaux est mensonge,
Et tu ne peux être un songe,
O paix de ce pays dici.
IV
Des lauriers, des lilas et des lys
Pour ma soeur des oiseaux,
Qui pleure les jours de jadis
Au bord des eaux!
Le fleuve se hâle sous le vent,
Vite, comme un oubli,
Vers la mer de la mort, avant
Leffort faibli.
O soeur! ô soeur! où sont les oiseaux
Pépiant à tes doigts
Lorsque tu soufflais aux roseaux
Lâme des bois?
Ce vent venu du pays des fous
Rebrousse au loin leurs vols;
Ma soeur, va prier à genoux
Les rossignols!
Oublie un peu que tout a été
Tel un rêve en sommeil:
Les fleurs et les oiseaux dété
Et le soleil.
Des nénufars blancs et des iris
Pour ma soeur des oiseaux,
Et pleurons les jours de jadis
Au bord des eaux!
V
O ma dame des pavots
Si pâle en ta robe dautomne,
Pourquoi pleurer les renouveaux
Morts en ce fleuve monotone?
Tes rêves, au gré lent des eaux,
Voguent vers des mers moroses
Par où volèrent les oiseaux
Au pays des fleurs toujours roses.
Le chemin connu de nos pas
Se perd sous la nouvelle lune;
Ma Dame, ne sais-tu pas
Quel désir doubli mimportune?
Soyons les amants du sommeil
Au vent qui souffle sur les feuilles;
Oublions le nom du soleil
Sous les pavots que tu cueilles.
VI
Elise, Liliane,
Gertrude, Viviane
Et soeur Isabelle
Chacune sous la lune
Chantant rune après lune,
Si belle! si belle!
Des iris et des lis
Sous les volubilis
Du jardin des pleurs!
Vos parfums firent peur
A mon si faible coeur,
O les fleurs! les fleurs!
Folie, ouvre les portes
De ce jardin de mortes
A la saison qui sonne!
Cest les cloches, les cloches
Chantant aux vallons proches
Lautomne! lautomne!
Elise, les iris,
Liliane, les lis,
O femmes! ô fleurs!
Quel fut donc mon chagrin
Dans cet ancien jardin
Des pleurs–de mes pleurs?
VII
O Passantes, faites le signe
Du pardon et de linfortune
Sur lâme qui meurt comme un cygne
Blessé par larcher de la lune.
Un chien noir aboie à la lune
Au fond de la forêt du cygne
Où tes sept soeurs de linfortune
Cueillent des fleurs, et font un signe.
Quel fut donc le sens de ce signe
Qui flétrit de son infortune
Les fleurs chastes comme le cygne
Dont lessor saigne sous la lune?
O les Passantes de la lune.
Lancez un anneau dor au cygne
Et partez, soeurs de l’infortune,
Vers les amants qui vous font signe.






















