
Les Éphémères – Maurice Rollinat

L’été, dans les endroits déserts,
Grouillent ces mouches minuscules :
Points noirs, mignonnettes virgules
Voltigeotant au bas des airs.
La nue et l’onde solennelles
Les regardent avec amour :
Leur vie est un bonheur d’un jour
Entre deux choses éternelles !
Aujourd’hui, pour épanouir
Leur ivresse de quelques heures,
Les bonnes brises sont meilleures,
L’ombre a voulu s’évanouir ;
Et le soleil que rien n’émousse
Fouille les bois, descend aux creux,
Parmi les coins gras et pierreux
Allume la flaque et la mousse.
Dans un nimbe d’or aveuglant
Elles tourbillonnent sans trêve
Sur une rivière de rêve,
Taciturne et fixe en coulant.
Près d’un coudrier, d’un bouleau
À la ramure stupéfaite
Leur agitation muette
Répond au silence de l’eau.
Elles vont foisonnant des ailes
Comme un petit brouillard mouvant
Frôlé par un soupir du vent
Ou par le vol des demoiselles.
Mais, peu à peu, l’heure les quitte,
Et puis une autre, — une autre encor…
En se rapprochant de la mort
Elles vivent toujours plus vite.
Et le nimbe insensiblement
Pâlit, — devient un cercle rose,
Puis rouge, où s’acharne morose
L’innombrable tourniquement.
Chaque pauvre petite mouche
Va disparaître avant la nuit :
Voici que le soleil se couche.
Ayant pris naissance avec lui,
Elles meurent sur la rivière
Avec le roi de la lumière.























