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Les carrosses – Edmond Rostand

Les carrosses – Edmond Rostand

On descend dans la cour. On se groupe. On s’agite.
Et pendant qu’on attend les grands carrosses, vite
Quelqu’un vient avertir Doralise qu’elle est
Du quatrième avec cette belle Paulet
Qu’on surnomma Lionne (elle porte crinière!)
Et qui chante, dit-on, d’une telle manière
Qu’après qu’elle eut chanté près d’un puits tout un soir
On trouva le matin–fut-ce de désespoir?–
Deux rossignols défunts couchés sur la margelle.

Doralise fera le voyage avec elle,
Garamantide, et trois galants pour elles trois.

Carrosses d’aujourd’hui, que vous êtes étroits!

Et les carrosses verts, historiés de boues,
Avancent. On dirait des canapés à joues,
Brodés, passementés, galonnés et cloutés,
Des canapés profonds deux à deux ajustés.
Ils avancent. Chacun, à gauche comme à droite,
Offre, au lieu de portière, une sorte de boîte
Qui, lorsque la rabat un des deux laquais gris,
Devient un marchepied d’où descend un tapis.

Et l’on dirait encor, pendus entre des roues,
D’énormes batraciens soufflant dans leurs bajoues.

Alors, toutes et tous, prenant leurs airs de cour,
Se défendent, chacun et chacune à son tour,
De fouler le premier, d’effleurer la première,
Le tapis que déroule, en s’ouvrant, la portière,
Reculent par égard, s’effacent par respect,
Et dans le vaste coffre aux doublures d’Utrecht
Qui danse, suspendu sur de larges lanières,
Montent, quand ils sont las de faire des manières.
On part. Tous les chevaux sont blancs, et les badauds
Admirent.

XIII

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