
Les blés auront mûri – Jean Moréas

Les blés auront mûri sous le Cancer ardent
Et Bacchus renaîtra de la grappe foulée,
Les Hyades viendront, et viendront à leur tour
Les funestes frimas que sème le Borée.
L’eau s’égoutte à doux bruit, les prés sont éclatants,
À présent sont les jours messagers du printemps ;
Diane encor ne guide une meute hardie,
Philomèle soupire au plus haut des forêts,
L’arc flexible de Cypre ébranle de ses traits
L’Éther, source de vie.
Ô Vénus, ô déesse amante du berger
Qui menait sur l’Ida son troupeau étranger,
Que ton enfant cruel et pourtant adorable
Détourne de mes yeux sa torche déplorable ;
Que, reprenant pour moi son visage ancien,
Grave et tel qu’il sortit du germe ouranien,
D’un prestige décent mon faible cœur étonne !
Dorée, tes desseins je ne les pus tromper :
Une dernière fois tu me viennes frapper,
Je ne me flatte plus, je brûle pour Énone.























