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Légendes – Émile Verhaeren

Légendes – Émile Verhaeren

Les grands soleils cuivrés des suprêmes automnes
Tournent éclatamment dans un carnage d’or;
Mon coeur, où les héros des ballades teutones
Qui cornaient, par les bois, les marches de la Mort?

Ils passaient par les rocs, les campagnes, les havres,
Les burgs–et brusquement ils s’écroulaient, vermeils,
Saignant leurs jours, saignant leurs coeurs, puis leurs cadavres;
Passaient dans la légende, ainsi que des soleils.

Ils jugeaient bien et peu la vie: une aventure;
Avec un mors d’orgueil, ils lui bridaient les dents;
Ils la mâtaient sous eux comme une âpre monture
Et la tenaient broyée en leurs genoux ardents.

Ils chevauchaient fougueux et roux–combien d’années?
Crevant leur bête et s’imposant au Sort;
Mon coeur, oh, les héros des ballades fanées,
Qui cornaient, par les bois, les marches de la Mort!

(1888)

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