
Le petit Paysage – Maurice Rollinat

Ce frais recoin mystérieux
Qu’à regards penchés je visite
Vaut pour moi le plus vaste site
Où l’on s’écarquille les yeux.
Ce paysage mignonnet
Est fait d’un caillou, d’une mousse,
D’un brin d’herbe, d’un peu d’eau rousse,
D’un champignon et d’un genêt.
Le vent caché pour le moment
D’aucun souffle ne les dérange :
Ils dorment leur sommeil étrange
De stupeur et d’écrasement.
Le soleil cuisant le sillon,
L’onde, les foins, l’arbre et la roche,
Par intervalles les accroche
D’une parcelle de rayon ;
Et ce peu d’ardente clarté,
Qui les transfigure quand même,
Les réjouit dans leur jour blème
Et leur brumeuse humidité.
Brin vert et champignon rosé,
Genêt, caillou que l’onde humecte,
Sont tous nus ; pas le moindre insecte
Ne s’y montre errant ou posé.
Mais là, sur la mousse, se tient
Une mince et courte chenille,
Et dans la flaque d’eau frétille
Un crapaud lilliputien.
Cette chenillette en gaieté
Sur sa touffe de mousse grêle
Montre des ors dont son poil frèle
Vieillit encor l’ancienneté.
Et le petit crapaud gris brun,
Ayant traîné son ventre jaune,
Sur le champignon si bien trône
Que tous deux, soudés, ne font qu’un.
Puis, Elle ondule au bord de l’eau,
Où Lui rentré flotte et renage,
Et chacun est un personnage
Animant ce menu tableau.
Par leur vif et lent va-et-vient
Qu’ils manœuvrent à leur envie.
L’un l’autre ils lui donnent la vie
Minuscule qui lui convient.
Le Soleil devant maintenant
Fondre les carreaux des fenêtres
Fait flamber ces deux petits êtres
Dans leur petit coin rayonnant.
Et le vent frôle à souffle chaud
La toute petite peinture
Dont l’âme est la miniature
D’une chenille et d’un crapaud.























