
Le chien mort – Jean Aicard

Jésus (que le salut soit sur lui!) vit un jour
Un chien mort,–et des gens attroupés alentour.
Ces gens, pour honorer Jésus, sur son passage
S’écartaient.–Or, la paix était sur son visage,
Et tous sentaient pour lui l’amour et le respect.
–«Vois, dit quelqu’un, ce chien est mort d’un mal infect.»
Un autre: «Tout son corps n’est qu’une plaie horrible.»
Un autre: «D’affreux vers l’ont percé comme un crible.»
Un autre encor: «Les poux mangent son dos pelé.»
Le cinquième: «Une bave immonde a découlé
De sa bouche puante et souille la poussière,»
Et tous, dans son orbite, hier beau de lumière,
Ne voyaient plus qu’un trou hideux, plein de néant.
Les entrailles coulaient du flanc vert et béant;
L’horreur de l’agonie et de la mort soufferte
Semblait encor hurler par cette gueule ouverte,
Et tous, saisis d’un grand dégoût, crachaient dessus.
–«Oh! ses dents!… on dirait des perles!» dit Jésus.






















