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Bonsoir – Pierre-Jean de Béranger

Bonsoir – Pierre-Jean de Béranger

Mon cher Laisney, trinquons, trinquons encore
À nos beaux jours promptement écoulés.
Comme ils sont loin les feux de notre aurore !
Que de plaisirs avec eux envolés !
Mais de regrets faut-il qu’on se repaisse ?
Non ; la gaîté nourrit encor l’espoir.
Mon vieil ami, quand pour nous le jour baisse,
Souhaitons-nous un gai bonsoir.

Cinquante hivers ont passé sur ta tête ;
J’ai de bien près cheminé sur tes pas.
Mais ces hivers ont eu leurs jours de fête ;
Tout ne fut point aquilons et frimas.
Aurions-nous mieux employé la jeunesse,
Vécu moins vite avec un riche avoir ?
Mon vieil ami, quand pour nous le jour baisse,
Souhaitons-nous un gai bonsoir.

Dans l’art des vers c’est toi qui fus mon maître ;
Je t’effaçai sans te rendre jaloux.
Si les seuls fruits que pour nous Dieu fit naître
Sont des chansons, ces fruits sont assez doux.
Dans nos refrains que le passé renaisse ;
L’illusion nous rendra son miroir.
Mon vieil ami, quand pour nous le jour baisse,
Souhaitons-nous un gai bonsoir.

Reposons-nous ; car les Amours, sans doute,
Pour qui jadis nous avons tant marché,
Nous crîraient tous, s’ils nous trouvaient en route :
Allez dormir, le soleil est couché.
Mais l’Amitié, l’ombre fût-elle épaisse,
Vient allumer nos lampes pour y voir.
Mon vieil ami, quand pour nous le jour baisse,
Souhaitons-nous un gai bonsoir.

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