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Le champ aux coquelicots – Marie Krysinska

Le champ aux coquelicots – Marie Krysinska

.mw-parser-output .ws-mpom-strophe{display:inline-block;page-break-inside:avoid;break-inside:avoid}Parmi les champs, un chemin coule,
Pareil à une onde apaisée,
Que l’air calme laisse sans houle,
Entre des rives diaprées.

Des blés mûrissants et déjà penchés
Sous le poids précieux du grain,
Des seigles azurés et des sainfoins,
De rose poudrés.

Mais voici — merveille ! vision éblouie !
Tout un champ de coquelicots,
C’est comme un joyeux incendie,
Et c’est comme un royal manteau.

De plus près, le détail des corolles mêlées,
On dirait
Bouche contre bouche, en ardents baisers.

Cela rit, cela crie de joie,
Cela sonne comme une fanfare, où s’éploie
La fierté des coqs matinaux.
Puis, c’est un écrin de rubis exaspérés,
Ravis au prix du sang, de sang éclaboussé.

Sous la brise délicate, cela volète,
Papillons rouges, dans un frisson de pétales,
Au-dessus des sveltes tigettes.

Un arome opiacé se dégage
Des petits cœurs noirs des coquelicots,
Frères agrestes du maléfique pavot,
Coupe emplie de sommeil et d’enivrants mirages.

Il semble qu’un porche, soudain, vient s’entr’ouvrir
Sur une humble chapelle au dallage éclairé
Par un vitrail barbare où le peintre a fixé
Le supplice sanglant d’un saint martyr.

« — Hein ! Si ça ne fait pas pitié,
Un champ dans un pareil état ! — »
Le voisin Pierre vient à moi
Pour blâmer ainsi
Son compère Thomas,
À qui
Appartient ce trésor éblouissant.

« — Y en a-t-il de c’te vermine sus son carré !
« De c’te mauvaise herbe ! Ah ! l’feignant.
« On voit ben qu’c’est au cabaret
« Qu’il passe la moitié d’son temps,
« Au lieure d’soigner son champ. » >

Quoi de la mauvaise herbe ces merveilles ?
Qui sont, à la fois, des lèvres vermeilles,
Des lèvres rieuses
D’amoureuses,
Du feu et des parures sans pareilles !
Pourpre royale et pourpre héroïque du sang !

Or, je m’éloigne
En emportant
L’illusion où je m’entête,
Que si le père Thomas est un ivrogne
C’est aussi un poète.

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