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Fleurs d’hiver – Marie Krysinska

Fleurs d’hiver – Marie Krysinska

Comme elles ont un charme amer
Et spécieux, les fleurs d’hiver !
Violettes à l’odeur pâle,
Lilas dont le souffle à peine s’exhale,
Roses de serre sans parfum.

Elles sont presque les petites sœurs
Des artificielles fleurs,
Fleurs de velours et de satin
Sous les palmes fragiles des palmiers
De leur doux Orient — pour quel crime ? — exilés ;
Elles réfugient leur plaintive grace,
Leur rêve d’air libre de soleil et d’espace.

Fleurs en corbeilles dont les anses s’enrubannent
Aux loges d’actrices, aux boudoirs des courtisanes,
Où, parmi les fards et les essences,
On vous relègue avec indifférence ;
Pauvres fleurs, à quelles complicités
Convie-t-on votre innocence
Et votre pureté !

Fleurs qu’opprime la chaleur meurtrière
Des calorifères,
Dans les salons en vain
Radieux de lumières,
Où s’agitent des passions de serre
Sans sève et sans parfum ;
Où grimace le fantôme de l’Amour — loin des cœurs —
Sous vos regards navrés, fantômes de fleurs.

Combien je vous préfère, vivaces chrysanthèmes,
Fleurs d’arrière-saison, à l’arome endormi ;
C’est par vous seulement que le jardin flétri
S’illumine d’une lueur dernière.

C’est vous, le présent modeste et le tendre gage
Que de furtifs doigts
Attachent à l’humble corsage
Où palpite un sincère émoi.

C’est de vos panaches qui penchent
Joyeusement ébouriffés
Que se pare la table du Dimanche.

Et sur la tombe, par une main fidèle, posés,
Souvenirs de défunts bonheurs,
Vous gardez longtemps le charme frais
De vos couleurs.

Pourtant, aux mains de l’art ces fleurs savent soudain
Devenir chair à féerie !
Assemblées, alors, en quelque lieu mondain
Elles sont une galerie
De chefs-d’œuvre
Dont les âmes d’artistes s’émeuvent.

Le peintre et le sculpteur s’y enchantent
Des tons subtils, somptueux et fins,
Des formes expressives, éloquentes :
Vol immobile de phalènes par essaim.

Aux nuances, aux attitudes,
Un œil de poète suppute
L’âme diverse des fleurs :
Celles-ci, fléchissant de tendre lassitude
Aux pétales de langueur ;
Celles-là, crêtées d’orgueil, d’autres songeuses,
D’autres encore, mélancoliques ou rieuses.

C’est aussi comme l’apothéose
Et la synthèse de l’année :
Une louange émue que semblent chanter
Les fleurs vivantes de l’hiver
Aux fleurs de l’été, trépassées.

On revoit sur les chrysanthèmes blancs
Les virginales blancheurs des muguets
Et la violette d’Avril sur les tremblants
Bouquets des chrysanthèmes violets.

La chaleureuse rose
De juin
S’est mirée au sein
Du chrysanthème rose ;

Et n’est-ce point de la rouille des bois d’automne
Que cette belle gerbe se couronne ?

Des tons de fruits aussi : pêche, cerise, orange,
S’évoque en ces pétales le brillant mélange.

Fées du lumineux et fantasque Japon
Elles nous rendent, ces fleurs exquises,
Au milieu de la saison grise
La magie des rayonnantes saisons.

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