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La jarretelle – Franc-Nohain

La jarretelle – Franc-Nohain

Les passants ouvrent des prunelles
Grandes comme des portes cochères,
Cependant qu’à l’abri d’une porte cochère,
L’épouse répare le désordre de sa jarretelle;
Et les maris font sentinelle,
Jaloux d’une jambe si chère:
Yeux des passants tournés vers la porte cochère,
Grands comme une porte cochère!

C’est une chose fantastique,–
Et pour la concevoir il faut que l’on pratique
L’existence matrimoniale et domestique,–

Que la fragilité extrême de ces élastiques.

La jarretelle n’est pas plus tôt
Fixée au haut,
Au haut d’un bas,
Qu’au premier pas,
Même sans faux
Pas,
Crac! casse, et le bas est à bas:

Fragilité inconcevable de ces élastiques!

Je songe à Diane chasseresse:
Au magasin de quelle rue
Achetait-elle les bandelettes, dont les tresses
Enserraient, de leur force et de leur souplesse,
Ses jambes nerveuses et nues?

Mais nul mari n’accompagnait Diane chasseresse.

Les maris auront dans leur poche,
Ou du moins feront bien d’avoir,
Une aiguillée de fil noir,
Et toujours une pelote
D’épingles:–
C’est même cela qui les distingue,
Qui, l’homme marié dénote,
Beaucoup mieux que l’anneau des noces:

Il convient que les maris offrent,
Pelote douloureuse, leur cœur à mille traits:–
Et une pelote d’épingles après.

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