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La Centauresse – José-Maria de Heredia

L’artiste dans son musée, Charles Willson Peale (1822)

Tableau : L’artiste dans son musée, Charles Willson Peale, 1822

Jadis, à travers bois, rocs, torrents et vallons
Errait le fier troupeau des Centaures sans nombre ;
Sur leurs flancs le soleil se jouait avec l’ombre ;
Ils mêlaient leurs crins noirs parmi nos cheveux blonds.

L’été fleurit en vain l’herbe. Nous la foulons
Seules. L’antre est désert que la broussaille encombre ;
Et parfois je me prends, dans la nuit chaude et sombre,
À frémir à l’appel lointain des étalons.

Car la race de jour en jour diminuée
Des fils prodigieux qu’engendra la Nuée,
Nous délaisse et poursuit la Femme éperdument.

C’est que leur amour même aux brutes nous ravale ;
Le cri qu’il nous arrache est un hennissement.
Et leur désir en nous n’étreint que la cavale.

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