
Jésus nomade – Jean Aicard

Jésus (le Salut soit sur lui!) disait souvent:
«J’ai le tronc des palmiers pour m’abriter du vent;
D’un rayon de soleil je fais ma couverture;
La lune claire est mon flambeau dans la nuit pure;
Du poil des bestiaux mes habits sont tissus;
Tous les fruits sont mes fruits, et, poursuivait Jésus,
L’eau fraîche des torrents est un miel pour ma bouche.
A l’endroit où la nuit me surprend, je me couche.
Je n’ai point de maison qu’on puisse mettre à bas.
Et je n’ai point d’enfants: mes fils ne mourront pas.
Je suis le pauvre heureux: celui qui vient au monde
Pour détruire et nier tout ce que l’orgueil fonde.
Le lys puise-t-il l’eau? dès que l’aurore a lui,
Il se réveille et boit: la rosée est sur lui.
La terre le nourrit: quand est-ce qu’il travaille?
Le libre oiseau du ciel récolte sans semaille,
Et si vous répondez qu’il a besoin de peu,
N’étant pas gros, je dis: Vaste est l’espace bleu
Sous lequel, au soleil, s’étend la terre immense;
Et quand l’hiver finit, le printemps recommence,
Pour que l’âne et le bœuf, le cheval, le chameau,
L’homme, trouvent partout un brin d’herbe et de l’eau.»























