
Jacques Ferny — Le chansonnier qui lisait le journal du matin et le chantait le soir

1864 — 1949
Voici qu’enfin la République
A pu mettre en son Panthéon
Un chapeau donnant la réplique
À celui de Napoléon !
Le chapeau de la République
Le chapeau en question est celui de Gambetta, ou de Victor Hugo, ou de qui l’on voudra : le poème se moque d’une République qui, à peine installée, s’invente déjà des reliques.
C’est le métier de Jacques Ferny : lire le journal le matin, écrire les couplets l’après-midi, les chanter le soir dans un cabaret de Montmartre. L’actualité mise en chanson dans la journée.
Le Chat Noir, après
Il appartient à la deuxième génération montmartroise, celle qui a hérité de la scène de Salis et de Bruant. Le genre était établi : un diseur, un piano, des couplets courts, un public qui reprend le refrain.
Sa spécialité était la politique. Le tsar en visite à Paris, la mission japonaise, le désarmement des peuples, le président, Constans aux prises avec l’adversité, la conspiration des bouchers.
Ce que ces chansons gardent
Beaucoup de ces textes ne se comprennent plus sans une note de bas de page, et c’est le sort de toute satire d’actualité. On y perd les noms ; on y gagne autre chose.
On y entend comment un Parisien de 1900 recevait l’événement — avec quelle défiance, quelle gouaille, quel refus d’être ému par les cérémonies. « Le meilleur président », « La meilleure réclame » : le superlatif chez lui est toujours un piège.
« L’Émile Zola d’Édouard Toulouse » vise l’étude médicale que le docteur Toulouse consacra au cerveau de Zola. On mesurait alors les crânes des grands hommes ; Ferny trouvait cela grotesque, et il avait raison.
Une longue vie
Il a vécu jusqu’en 1949, assez pour voir deux guerres mondiales défaire le monde qu’il moquait. Le cabaret politique, lui, ne s’en est jamais remis.
Choix de textes
- Le chapeau de la République — Un régime de trente ans qui s’invente déjà des reliques.
- Le meilleur président — Le superlatif, chez lui, est toujours un piège.
- Le tsar à Paris — L’alliance franco-russe accueillie sans une once d’enthousiasme.
- Le désarmement des peuples — Écrit avant 1914. On peut le lire en sachant la suite.
- La mission japonaise — Le Japon devient une puissance, et Paris ne sait pas quoi en penser.
- L’Émile Zola d’Édouard Toulouse — On mesurait les crânes des grands hommes. Il trouvait cela grotesque.
- La meilleure réclame — La publicité naissante, moquée dès son apparition.
- La conspiration des bouchers — Une affaire de prix de la viande. Cela n’a pas changé.
- Royal réception — Les visites officielles, et le décorum qui va avec.
- Une chanson de café-concert — Il se moque de son propre genre. C’est bon signe.
Pour le lire
Chansons pour rire et pour penser · Chansons d’actualité — les couplets écrits au jour le jour.
Il appartient à la deuxième génération montmartroise, après Salis et Bruant.
Aucune édition courante à ce jour.
Guillain Méjane























